Décret Trump sur l’immigration: les Somaliens du Minnesota sont inquiets

MINNEAPOLIS – Des membres de la communauté somalienne du Minnesota, un État américain qui est limitrophe du Manitoba, ne s’étonnent pas de la hausse soudaine de demandeurs d’asile qui bravent les éléments pour tenter d’entrer illégalement au Canada.

Mohamud Noor, directeur général de la Confédération des Somaliens du Minnesota, explique que certaines personnes n’ont parfois plus le choix et doivent prendre des risques pour améliorer leur sort. Cet afflux de migrants à la frontière canadienne ira selon lui en augmentant, depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche.

Le président américain a adopté en janvier un décret qui interdit l’entrée aux États-Unis de ressortissants de sept pays à majorité musulmane — l’Irak, l’Iran, la Libye, le Soudan, la Syrie, le Yémen, et la Somalie, justement.

Au petit centre commercial somalien Karmel, à Minneapolis, les marchands ont à peu près tous un téléviseur où les chaînes de nouvelles en continu diffusent en boucle la conférence de presse musclée du président Trump, jeudi. Les marchands hochent la tête lorsqu’on leur demande ce qu’ils pensent de cet homme. Par contre, le mot Canada déclenche aussitôt une sympathie pour le premier ministre Justin Trudeau. Certains sont même au courant que le ministre canadien de l’Immigration, Ahmed Hussen, est un réfugié de Somalie.

Depuis quelques semaines, des dizaines de migrants en provenance des États-Unis ont bravé les conditions hivernales extrêmes des Prairies pour tenter de s’introduire au Canada en traversant les champs pour éviter le poste-frontière d’Emerson, au Manitoba. La plupart de ces migrants étaient des ressortissants de Somalie, du Ghana et d’autres pays d’Afrique.

L’Entente canado-américaine «sur les tiers pays sûrs» prévoit que les revendicateurs du statut de réfugié doivent en général présenter leur demande dans le «pays sûr» d’entrée. S’ils ont déjà déposé une demande aux États-Unis et qu’ils se présentent à un poste-frontière canadien, ils sont retournés aux États-Unis — à moins qu’ils n’aient déjà de la parenté au Canada. Mais s’ils réussissent à s’introduire autrement au Canada, ils peuvent demander le statut de réfugié et demeurer au pays le temps que leur demande soit examinée.

Au péril de leur santé

Des organismes de défense des droits des immigrants soutiennent que depuis les menaces de l’administration Trump, ces dispositions de l’entente poussent des migrants en provenance des États-Unis à tenter le tout pour le tout afin de gagner le Canada, parfois au péril de leur santé, voire de leur vie. Ottawa a jusqu’ici refusé de modifier l’Entente sur les tiers pays sûrs.

Mohamud Noor sait bien que ce flux migratoire n’est pas nouveau. Il rappelle cependant que le phénomène est en augmentation depuis l’élection de Donald Trump.

Selon le bureau de démographie du Minnesota, cet État accueille près du tiers de tous les citoyens américains d’origine somalienne, avec 65 000 personnes en 2015; les responsables locaux citent des chiffres officieux plus élevés. Plusieurs ont été bouleversés par les propos de M. Trump, qui était venu dire à Minneapolis, deux jours avant l’élection présidentielle de novembre, que le Minnesota avait «suffisamment souffert» de l’afflux de réfugiés somaliens.

Les craintes se sont depuis intensifiées à la suite du décret présidentiel sur l’immigration — même s’il a été ensuite suspendu par les tribunaux en première instance et en Cour d’appel. Le président Trump, qui avait promis de se «revoir en Cour suprême», a cependant annoncé jeudi qu’il reformulerait son décret.

«Cela a ébranlé tous les Américains d’origine somalienne», explique Mahamed Cali, qui dirige une petite station de radio en langue somalienne à Minneapolis. M. Cali croit malgré tout que les États-Unis demeurent «le meilleur pays du monde» et qu’il continuera à être une terre d’accueil pour les réfugiés.