Dehors lors du couvre-feu: il revient aux Québécois de prouver qu’ils ont une raison

MONTRÉAL — Les Québécois auront la responsabilité de démontrer aux policiers qu’ils ont une bonne raison d’être à l’extérieur de leur résidence durant les heures de couvre-feu. Sinon, ils s’exposent à recevoir un constat d’infraction de 1000 $ sur-le-champ, a dit la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, qui ajoute que les policiers feront preuve de «gros bon sens».

La ministre a apporté jeudi en conférence de presse des précisions sur le couvre-feu annoncé la veille pour contrer la propagation de la COVID-19, et sur le mandat donné aux policiers chargés de le faire respecter.

Ce couvre-feu sera en vigueur dans deux jours, dès samedi soir, et cela, jusqu’au 9 février. Pas question d’être hors de chez soi entre 20 heures et 5 heures du matin, à moins d’avoir une «bonne raison».

La numéro 2 du gouvernement estime que cette nouvelle mesure ne «changera à toutes fins pratiques pas grand-chose» dans la vie des gens qui respectent déjà les consignes sanitaires. Pour «la minorité» qui les bafouent, dit-elle, le couvre-feu leur mettra toutefois des bâtons dans les roues. «Ça va devenir beaucoup plus difficile de se rassembler.»

En dressant la liste des raisons qui permettent aux gens d’être à l’extérieur de chez eux la nuit, elle a réitéré certaines exceptions annoncées par le premier ministre Francois Legault mercredi: les travailleurs essentiels, les employés ayant des horaires atypiques, dont les camionneurs, et ceux qui vont au chevet d’un proche malade ou qui ont une urgence familiale.

À cela elle a ajouté que le couvre-feu ne devait en aucun cas empêcher une personne de quitter un milieu violent ou malsain. Les maisons d’hébergement pour victimes de violence conjugale demeurent ouvertes, ainsi que d’autres services d’aide, a-t-elle insisté.

Des ficelles restent à attacher: le décret n’est pas encore publié et Mme Guilbault a admis que certaines règles étaient en révision. Elle doit aussi rencontrer vendredi le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) et le ministère de la Justice pour régler les derniers détails sur les contraventions.

Intercepté par un policier? 

«C’est la responsabilité de la personne de faire la démonstration à un policier qu’elle a une bonne raison d’être en dehors de son domicile», a fait savoir la ministre.

Les Québécois n’auront toutefois pas à fournir aux policiers un document «officiel».

Ils peuvent par contre avoir toujours en main une lettre de leur employeur indiquant leurs heures de travail, ce qui leur facilitera la vie, ainsi qu’aux policiers. Une carte d’employé d’un hôpital devrait aussi faire l’affaire, a-t-elle donné en exemple. Un reçu de pharmacie démontrera que l’on y est allé. 

Pour les autres cas, les policiers écouteront leurs explications et elle assure que les policiers sont habitués à ce genre de travail et feront usage de «jugement et de discernement». 

Alors que la confection d’un «document» pour les travailleurs avait été évoquée la veille par le premier ministre, Mme Guilbault a clarifié qu’il n’y aura pas de «sauf-conduit» comme c’est le cas en France. Le gouvernement québécois a toutefois rédigé un modèle de document qui pourrait être fourni aux employeurs, «Attestation de l’employeur – Déplacement durant le couvre-feu décrété par le gouvernement du Québec», qui est déjà en ligne.

Le but des policiers ne sera pas de coincer les citoyens à tout prix, a-t-elle ajouté, mais les exceptions prévues ne sont pas une «liste de prétextes» à apprendre par coeur pour contourner les règles.

En ce qui concerne les itinérants, Mme Guilbault a indiqué que le gouvernement souhaite d’abord leur trouver une place au chaud dans un refuge. Toutefois, «la tolérance sera effectivement de mise» envers eux, le but n’étant pas de les ensevelir sous des contraventions «dans le vide, ce qui ne règle pas le problème à la source».

Des précisions sur les règles ont aussi été apportées par la ministre: les citoyens pourront être dehors sur leur propre terrain et dans leur cour en famille, et pourront aller promener leurs chiens dans un rayon d’un kilomètre autour de leur résidence.

Mais pour ceux qui veulent aller prendre une marche seuls en soirée, c’est non: allez-y avant 20 heures, a-t-elle indiqué.

Le détail des mesures gouvernementales et des exceptions pour le couvre-feu sont ici:

https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/a-z/coronavirus-2019/confinement-du-quebec-covid-19/

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