Demandeurs d’asile: le ministre de l’Immigration se rendra lui-même au Nigéria

MONTRÉAL — Le ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen, se rendra au Nigéria au cours des prochaines semaines dans l’espoir d’endiguer le flux de demandeurs d’asile en provenance de ce pays qui entrent de façon irrégulière au Québec.

Trois ministres fédéraux avaient été déployés lundi à Montréal pour rappeler que ces Nigérians qui n’ont séjourné légalement aux États-Unis que pendant une courte période avant de traverser la frontière pour entrer au Québec n’obtiendront pas automatiquement le statut de réfugié au Canada.

Après une vague de demandeurs haïtiens en 2017, ce serait maintenant au tour de Nigérians à franchir de façon irrégulière la frontière canadienne au chemin Roxham, à Hemmingford, pas très loin du poste-frontière officiel de Lacolle, entre le Québec et l’État de New York. Ces Nigérians posséderaient un visa de séjour aux États-Unis en bonne et due forme.

«On se rend compte qu’ils ont obtenu ce visa dans le but de venir au Canada et de demander le statut de réfugié», a soutenu le M. Hussen lundi. Le ministre a indiqué que des représentants du Canada avaient été affectés à Lagos pour travailler avec les agents consulaires américains.

Son collègue de la Sécurité publique, Ralph Goodale, lui aussi envoyé à Montréal lundi, a rappelé que la demande d’asile ne peut devenir un raccourci pour contourner la procédure normale d’immigration. «Ils doivent faire la preuve qu’ils ont besoin de la protection du Canada pour assurer leur sécurité.» Or, selon les ministres fédéraux, 90 pour cent des demandeurs ne rempliront pas les critères pour obtenir le statut de réfugié.

Le Québec a indiqué à la mi-avril que le nombre de migrants qui avaient franchi de façon irrégulière la frontière au chemin Roxham avait triplé jusqu’ici cette année comparativement à la même période l’an dernier. Le gouvernement québécois prévoit qu’il pourrait y avoir jusqu’à 400 entrées irrégulières par jour cet été, comparativement à 250 l’an dernier. Selon le ministre Goodale, de 70 à 80 personnes par jour passent la frontière de façon irrégulière actuellement, après un afflux plus important pendant la fin de semaine de Pâques.

Système de triage

D’ailleurs, de nouvelles installations temporaires seront aménagées afin d’accueillir jusqu’à 520 personnes pour des séjours de courte durée pendant les procédures préliminaires de traitement à Lacolle, afin d’atténuer la pression exercée sur les ressources du Québec.

Le groupe de travail avec l’Ontario a entrepris d’élaborer un système de triage afin de permettre aux demandeurs d’asile qui arrivent au Québec de choisir d’autres provinces de destination, et des représentants de l’Ontario ont récemment mené une mission d’enquête au Québec afin de faire progresser les travaux relatifs au système de triage. «Ce n’est qu’une question de temps: je ne crois pas que ce sera une affaire de mois mais plutôt de quelques semaines», a prédit le ministre Hussen.

Plus tard dans la journée, en sortant des Communes à Ottawa, le ministre a précisé sa promesse.

Les autorités ontariennes «nous ont assuré qu’elles avancent», a-t-il dit. «Et elles ont l’intention d’avoir quelque chose en place avant le déclenchement des élections (ontariennes)», a-t-il ajouté, indiquant que l’Ontario s’affaire présentement à identifier des logements, à l’extérieur de Toronto, pour accueillir les demandeurs d’asile.

La campagne électorale ontarienne sera officiellement lancée mercredi. Les Ontariens iront aux urnes le 7 juin. Le ministre Garneau ne croit pas que la tenue d’une campagne électorale retardera la mise en place du plan de triage.

«Ce sont des fonctionnaires qui parlent avec des fonctionnaires pour mettre en place un plan», a-t-il argué. «Même nous, quand on est en élection fédérale, le gouvernement continue de fonctionner. C’est la même chose dans le cas de l’Ontario», a-t-il fait valoir.

Revoir l’entente sur les tiers pays sûrs

Pour l’opposition conservatrice à Ottawa, la stratégie du gouvernement fédéral de dépêcher le ministre de l’Immigration au Nigéria n’est qu’une solution temporaire qui n’empêchera pas d’autres réseaux de passeurs de s’organiser.

«Les mesures qu’on prend, oui, quand les ministres sont allés aux États-Unis, à Miami ou à Los Angeles, peut-être que ça peut avoir un impact, mais il reste actuellement, au-delà de ça, il faut revenir à la base, et la base c’est d’arriver avec une position ferme sur l’Entente avec les tiers pays sûrs, et puis de négocier pour le régler», a affirmé lundi le député Pierre Paul-Hus. Il réclame que le Canada mette la question des demandeurs d’asile à l’agenda de la réunion du G7, dans la région de Charlevoix, le mois prochain.

L’Entente entre le Canada et les États-Unis sur les tiers pays sûrs est entrée en vigueur en 2004. Elle prévoit que les demandeurs d’asile doivent présenter leur demande dans le premier de ces deux «pays sûrs» où ils arrivent. Par contre, si ces migrants franchissent la frontière de façon irrégulière, le Canada doit étudier leur demande au mérite.

Le ministre Hussen reconnaît qu’il serait sage de rafraîchir cette entente vieille de 14 ans. Mais «je veux être très clair: il n’y a aucune négociation formelle actuellement», a-t-il précisé lundi.

Hussen critique l’approche des conservateurs

Les conservateurs avaient par ailleurs réclamé des excuses au ministre de l’Immigration, qui a accusé le parti de l’opposition de manquer de compassion envers les réfugiés lors de la période des questions.

M. Hussen, qui témoignait tout de suite après au comité permanent des langues officielles sur la question de l’immigration francophone en milieu minoritaire, n’a pas répondu à cette demande.

Lors de la réunion du comité, le député conservateur Bernard Généreux est revenu sur les propos du ministre qui avait affirmé que les conservateurs manquaient de compassion envers les réfugiés puisqu’ils avaient notamment coupé dans les services de santé qui leur étaient offerts durant l’ère Harper.

Le ministre Hussen a répondu qu’il n’avait pas porté de jugement, mais qu’il avait plutôt exprimé ce qu’il ressentait.

Les compressions effectuées à l’époque étaient une nécessité et non une absence de compassion, s’est défendu M. Généreux.

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