Demandeurs d’asile: les écoles disent ne pas être prêtes à en recevoir plus

MONTRÉAL — Le nombre grandissant de demandeurs d’asile à la frontière entre le Québec et les États-Unis accroît la pression sur les écoles, qui s’inquiètent de ne pas être prêtes advenant une arrivée d’autant plus massive cette année.

Le Québec a reçu quelque 25 000 demandeurs d’asile, de façon régulière et irrégulière, l’an dernier, et plusieurs de ces nouveaux arrivants ont amené leurs familles avec de jeunes enfants.

En plus des quelque 6000 migrants supplémentaires qui sont arrivés cette année, certains intervenants s’attendent à ce que la cadence s’accélère en été.

Ces nouvelles préoccupent les commissions scolaires de Montréal, parce qu’elles manquent déjà de salles de classe et de professeurs spécialisés pour répondre à la demande.

«S’il y a plus d’arrivées cet été que ce qu’on a eu l’été passé et dans les derniers mois, on n’a plus assez d’espace, plus assez de classes. Il faut aussi avoir le personnel, les enseignants pour pouvoir accueillir ces enfants-là», a soutenu Catherine Harel Bourdon, présidente de la Commission scolaire de Montréal.

Sa commission scolaire, la plus importante de la métropole, a accepté 1300 demandeurs d’asile dans les trois dernières années.

Seulement dans les premiers mois de l’année 2018, il y a eu 250 nouveaux étudiants dans les classes d’accueil — l’équivalent d’une petite école, a-t-elle spécifié.

Et sa commission scolaire n’est pas la seule à être inquiète.

Manque d’espace et de ressources

La commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, la deuxième en importance à Montréal, a dû aménager des classes mobiles pour accommoder les quelque 700 demandeurs d’asile accueillis cette année — un nombre record.

«Ce qu’il faut faire maintenant, c’est vraiment avoir les sous pour agrandir les écoles, pour pouvoir accueillir tout ce monde-là et avoir les ressources pour pouvoir leur offrir les services auxquels ils ont le droit», a-t-elle déclaré en entrevue téléphonique.

Le manque d’espace n’est pas le seul problème. Les écoles font aussi face à un manque de professeurs, surtout ceux qui enseignent dans les classes conçues pour les élèves qui ne parlent pas le français.

Le président d’un syndicat représentant des enseignants et des employés d’école en banlieue sud de Montréal a souligné que la demande pour des classes d’accueil avait doublé au cours des deux dernières années. Face à cela, des écoles ont dû combiner des classes ou solliciter les services de professeurs qui n’ont pas cette spécialisation.

«Comme on a tellement de difficulté à mettre plusieurs classes dans la même école, bien là on fait des classes d’accueil, où il va y avoir par exemple des élèves de 7 à 12 ans dans la même classe», a-t-il indiqué.

«Non seulement il y a un problème d’enseigner la pédagogie à un enfant qui est rendu en première année et à l’autre qui est rendu en sixième année, et tout ça en apprenant le français.»

Financement supplémentaire réclamé

Le premier ministre Philippe Couillard a soulevé cet enjeu la semaine dernière lorsqu’il a demandé au gouvernement fédéral de le soutenir davantage financièrement face à l’arrivée massive de migrants.

Environ 2500 enfants se sont ajoutés au système scolaire québécois depuis l’arrivée massive des migrants — ce qui est l’équivalent de cinq écoles primaires, a-t-il souligné.

Bien que le gouvernement du Québec ait augmenté ses investissements en éducation, selon ses représentants, cela ne suffit pas.

L’argent supplémentaire a permis aux écoles de se doter de services psychologiques et d’autres ressources pour aider des élèves qui ont parfois vécu des traumatismes. Mais cela ne règle pas le problème du manque d’enseignants, selon M. Gingras. Il a fait valoir que ce réinvestissement avait eu lieu après des années de compressions.

Catherine Harel-Bourdon croit que la meilleure solution est d’envoyer des familles dans d’autres villes du Québec et du Canada pour désengorger le système montréalais.

«On a travaillé très, très fort pour répondre à la demande des derniers mois, on sent que nos équipes sont essoufflées. Et il faut bien intégrer ces enfants-là», a-t-elle plaidé.

«Toutes les actions qu’on pose maintenant vont avoir un impact sur l’avenir de ces élèves-là.»