Démantèlement à Tyendinaga: les Mohawks réagissent à Kahnawake et à Kanesatake

Le démantèlement de la barricade ferroviaire sur le territoire mohawk de Tyendinaga, lundi, a provoqué une vive réaction dans les communautés mohawks de Kahnawake et Kanesatake.

Une barricade a été élevée en milieu de journée sur la route 344 à Oka, forçant un détour pour les automobilistes. La circulation a repris vers 19h. 

Des manifestants ont perturbé la circulation sur la route 132 en Montérégie, bloquant l’accès au pont Mercier pendant quelques minutes en avant-midi à Kahnawake, où une barricade demeure en place sur la voie ferrée du Canadien Pacifique. Les Peacekeepers étaient sur place pour assurer l’ordre et n’ont pas eu à intervenir.

Dans un communiqué diffusé en début d’après-midi lundi, le conseil de bande de Kahnawake s’est dit «outré» et «dégoûté» par l’intervention policière à Tyendinaga.

Le conseil de bande souligne que cette intervention a eu lieu «en dépit d’une solution imminente sur laquelle les chefs héréditaires Wet’suwet’en travaillaient avec les gouvernements fédéral et provinciaux». Selon le conseil, ces actions ne se seraient pas produites «si le premier ministre Trudeau n’avait pas émis ses commentaires incendiaires vendredi». Le conseil se dit «extrêmement déçu face à l’absence totale de bonne foi démontrée par un premier ministre qui affirme constamment que la priorité de son gouvernement est d’améliorer les relations avec les peuples autochtones».

Le conseil de bande mohawk estime que ces événements ont «défait les progrès réalisés dans l’établissement de relations avec les peuples autochtones». Faisant valoir que les manifestants «sont demeurés pacifiques en tout temps», il déplore «les gestes téméraires» du premier ministre qui, selon lui, «ont entraîné une escalade de la situation». Le conseil de bande appelle Ottawa à prendre du recul, réfléchir et procéder avec prudence, avertissant que «l’utilisation d’injonctions et de policiers contre les peuples autochtones qui ne font que défendre leurs terres contre le développement non désiré ne produira pas de résolution pacifique».

Fait à noter, toutefois, le Canadien Pacifique (CP) n’a demandé aucune injonction pour la levée de la barricade sur sa voie à Kahnawake, blocus qui prive non seulement le CP de transporter des marchandises, mais qui a aussi pour effet de paralyser le train de banlieue qui relie Candiac au centre-ville.

À Ottawa, pendant ce temps, Justin Trudeau s’est abstenu de s’avancer par rapport à Kahnawake, refilant le ballon à Québec et aux Peacekeepers: «C’est une juridiction provinciale, particulièrement pour les policiers autochtones qui sont à Kahnawake. On va continuer de s’attendre à ce que les lois soient suivies, c’est l’important dans toute cette situation.»

Son ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a confié avoir été en contact tout le week-end et même lundi matin avec le grand chef de Kahnawake, Joe Norton, par textos et appels, invoquant l’importance «dans tout conflit ou crise d’avoir ce dialogue ouvert».

«On veut que cette situation, on puisse la résoudre dans le plus bref des délais, de façon très pacifique. Nous connaissons tous l’expérience que cette communauté en particulier a eue il y a 30 ans», a-t-il déclaré, faisant référence à la crise d’Oka en 1990, lors de laquelle le pont Mercier avait été fermé durant plusieurs semaines.

Son collègue ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a lui aussi dit s’en remettre aux Peacekeepers de Kahnawake, rappelant qu’il s’agit de leur juridiction. «J’ai pleinement confiance qu’ils feront leur travail», a dit le ministre dans une déclaration qui se voulait également une réplique aux propos du député conservateur Pierre Paul-Hus qui, vendredi, soutenait que la GRC devait intervenir même sur un territoire mohawk parce que la voie ferrée représente «une infrastructure critique».

De son côté, le ministre québécois des Transports, François Bonnardel, a rappelé en entrevue avec Radio-Canada que le Canadien Pacifique n’a pas demandé d’injonction pour libérer la voie à Kahnawake. Le ministre a déploré que l’accès au pont Mercier ait été perturbé, faisant valoir que le dialogue était préférable. M. Bonnardel a répété que son gouvernement ne souhaite pas pour autant l’imposition de la ligne dure, tout en faisant valoir que le dialogue était de loin préférable à un blocus ferroviaire.

François Bonnardel a aussi rappelé au passage que la Société du chemin de fer de la Gaspésie (SCFG) n’a pas demandé d’injonction non plus pour rétablir la circulation ferroviaire à Listuguj, en Gaspésie, où des manifestants mi’gmaqs bloquent la voie également depuis le 10 février.

Des convois de marchandises sont ainsi immobilisés sur le réseau ferroviaire gaspésien qui a dû mettre temporairement à pied une quinzaine d’employés la semaine dernière.

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