Les négos sur l’ALÉNA animent les chefs au dernier jour de la campagne

Les chefs des principaux partis pensaient mener à train d’enfer une dernière journée campagne à l’abri des sujets chauds, mais une rumeur venue de Washington – qui a finalement été confirmée tard en soirée – est venue chambouler leurs plans.

Tard dimanche, le contenu de l’entente pour un renouvellement de l’Accord de libre-échange nord-américain n’avait toutefois pas été divulgué.

Le quotidien torontois a rapporté samedi que des «concessions significatives» auraient été faites par le Canada sur le lait pour réussir à signer une entente commerciale avec les États-Unis. Cette affirmation aurait été répétée par quatre sources, du gouvernement et de l’industrie, des deux côtés de la frontière, est-il écrit dans le quotidien national.

La nouvelle a apporté de l’eau au moulin de certains chefs.

Le chef péquiste Jean-François Lisée a entonné le discours souverainiste traditionnel, accusant une nouvelle fois Ottawa de favoriser l’Ontario aux dépens du Québec.

Son homologue libéral Philippe Couillard, qui s’est auto-proclamé nationaliste samedi, a indiqué que le gouvernement fédéral ferait une erreur majeure si c’était le cas, tout en appelant les agriculteurs québécois à voter pour son parti.

De son côté, leur collègue caquiste François Legault tentait de calmer le jeu en rappelant que l’heure n’est pas celle de la politique partisane ni «de la petite politique». Il a ajouté qu’un front uni était nécessaire dans ce dossier pour dire à Ottawa qu’aucun compromis sur la gestion de l’offre ne sera acceptable.

Le bilan de Manon Massé

Québec solidaire a été le seul parti à tracer un bilan de sa campagne électorale.

Sa coporte-parole Manon Massé s’est dite fière de la campagne de son parti, qui selon elle, a réussi à «secouer l’establishment», donc les trois autres principaux partis.

Selon elle, le Parti libéral du Québec, la Coalition avenir Québec et le Parti québécois s’entendent sur le fait que le parti de gauche «est un danger pour la vieille classe politique».

Avec le recul, la porte-parole de QS a catégoriquement nié l’idée que son parti ait été traité différemment, même si les médias n’ont pas suivi la caravane solidaire comme ce fut le cas pour les autres partis. «J’ai fait la tournée comme les autres chefs, j’ai participé à trois débats, d’ailleurs avec une jambe cassée. J’ai fait toutes les tables éditoriales. Je ne pense pas du tout que j’ai eu une partie facile, au contraire.»

Les trois autres chefs de parti ne lui ont pas emboîté le pas.

Appel et nostalgie

M. Lisée avait commencé la journée par un peu de nostalgie. Il est retourné vers ses racines en se rendant dans sa ville natale de Thetford Mines. La caravane du PQ s’est arrêtée quelques instants chez la mère de M. Lisée, qui, comme toute bonne maman, a vanté son fils.

«Je suis très très fière de mon fils. Ça va être le meilleur premier ministre», a-t-elle soutenu.

De son côté, M. Legault a tenté de séduire les aînés et lancé un appel aux Montréal.

Au sujet de l’électorat montréalais, il a dit espérer qu’ils suivront le vent de changement «qu’on sent partout au Québec».

Il a aussi promis aux aînés de mandater son éventuel ministre des Finances pour trouver des moyens afin de les aider à joindre les deux bouts. Il s’est montré plutôt vague quant aux mesures qu’il entendait prendre.

Ce flirt envers les aînés lui a attiré les moqueries d’un Philippe Couillard combatif à la veille du scrutin.

«À la 39e journée de campagne, il s’est rendu compte qu’il avait oublié les aînés. Il a dit ‘C’est vrai que je n’ai pas grand-chose, mais bon’ (…) Oops, oops», a-t-il nargué.

Ce n’est pas le seul sujet sur lequel M. Couillard a exercé sa morgue envers son adversaire caquiste, l’accusant d’être encore «tout mêlé» dans les dossiers d’immigration.

Moment surréaliste

Par ailleurs, un moment surréaliste est survenu à Sainte-Catherine, en Montérégie, lorsque le député sortant de Sanguinet, Alain Therrien, a croisé François Legault.

Le péquiste a lancé une remarque pour le moins surprenante: «Harry Potter n’est pas notre parti, il est dans le vôtre», a-t-il lâché à M. Legault, l’accusant d’être irréaliste dans ses engagements.

Auparavant, M. Legault avait taquiné M. Therrien en lui demandant s’il «sentait le vent du changement».