Déploiement des militaires dans les CHSLD: Ottawa tente de s’expliquer

Ottawa a tenté, jeudi, de justifier la lenteur du déploiement des 1000 militaires demandés par Québec pour ses CHSLD et, ce faisant, a assuré qu’ils seraient 1350 d’ici une semaine à offrir leur appui à 25 établissements.

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, et son collègue lieutenant québécois, Pablo Rodriguez, ont détaillé les plans pour les prochains jours.

Avant la fin de la journée de jeudi, il y aura 1020 militaires pour servir 20 CHSLD québécois. Ce nombre inclut les 125 ayant une formation médicale que Québec avait réclamés à la mi-avril et obtenus six jours plus tard.

Le 22 avril, le premier ministre du Québec, François Legault, avait élargi sa demande et réclamé «des bras» avec ou sans formation médicale. 

Cette semaine, M. Legault a démontré une certaine impatience. 

«Bien sûr, nous aurions tous aimé pouvoir bouger plus vite là-dessus, mais ce que je peux vous assurer est que notre personnel des Forces armées canadiennes bouge aussi rapidement que possible pour fournir le soutien adéquat», s’est défendu le ministre Sajjan, en point de presse jeudi matin.

«Il a fallu faire des reconnaissances. On ne peut pas juste débarquer, comme ça, dans un CHSLD. Il faut faire des reconnaissances. Ça se fait en partenariat avec Québec. Ça se fait en partenariat avec les gens qui travaillent au niveau des CHSLD», a ajouté le ministre Rodriguez.

«Ça prend une formation sur les choses à faire, comment opérer aussi l’équipement», a-t-il insisté.

Le ministre Sajjan a précisé que la formation requise dure cinq jours.

«Oui, nous avons évidemment beaucoup plus de militaires, mais (…) pour que nous puissions faire ceci de la bonne manière pour nos aînés, il faut les bonnes personnes», a-t-il dit lorsqu’on lui a rappelé les 24 000 membres des Forces armées canadiennes qu’il avait fait miroiter fin mars comme étant prêts à un déploiement rapide.

Il n’a pas voulu dire si des militaires reçoivent maintenant des formations en prévision de possibles autres demandes de la part des provinces.

Salaires des travailleurs essentiels

Les provinces recevront 3 milliards $ d’Ottawa pour augmenter les salaires des travailleurs essentiels.

Le gouvernement fédéral négociait depuis quelques semaines avec toutes les provinces pour améliorer la situation financière des employés qui se retrouvent aux premières lignes en ces temps de pandémie.

«On compte sur ces travailleurs maintenant plus que jamais — et on va être là pour eux», a assuré le premier ministre Justin Trudeau à son point de presse de jeudi. 

«Si vous risquez votre santé pour nous permettre de traverser cette crise et que vous êtes payés au salaire minimum, vous méritez de gagner plus», a-t-il dit à ces travailleurs.

La contribution fédérale couvrira les trois quarts des sommes dépensées par les provinces en primes ou en augmentations salariales.

Le Québec avait déjà commencé à remédier à la situation. Jeudi, le gouvernement de François Legault a pu annoncer qu’il en ferait davantage.

Une stratégie nationale de dépistage?

Alors que les provinces entament chacune à leur rythme le déconfinement, le premier ministre ne croit pas qu’il faille mettre en place une stratégie nationale de dépistage de la COVID-19.

«Les provinces font face à des situations extrêmement différentes d’un bout de ce pays à l’autre. Alors, un programme fédéral qui s’applique partout ne serait pas la bonne solution», de l’avis de M. Trudeau.

Il n’a donc pas voulu se faire l’écho de sa conseillère scientifique en chef, Mona Nemer, qui, elle, réclamait cette stratégie pancanadienne en entrevue avec Radio-Canada.

Mme Nemer avait également critiqué la stratégie de dépistage du Québec dans cette même entrevue. Là encore, M. Trudeau s’est gardé de faire des commentaires, disant qu’il y a eu «des améliorations significatives au cours même juste des derniers jours, y compris au Québec».

À Québec, la réaction a été moins diplomatique. «Je considère que je n’ai pas à rendre de comptes à cette dame, mais à la population du Québec», a lancé Horacio Arruda, directeur national de la santé publique de la province.  

Chahutage virtuel

Chassez le naturel et il revient au galop. La période de questions virtuelle de jeudi a été le théâtre d’un premier chahutage en bonne et due forme.

La chef parlementaire du Parti vert du Canada, Elizabeth May, a souhaité faire un appel au règlement pour des propos qu’elle jugeait «non parlementaires».

Quelques instants auparavant, la conservatrice Rosemarie Falk avait accusé Mme May et le chef bloquiste Yves-François Blanchet de vouloir «détruire notre pays» en se prononçant contre les sables bitumineux.  

«Il est inacceptable d’affirmer que quiconque veut faire valoir un point au sujet de notre économie tente de détruire le pays», a déclaré Mme May, avec difficulté, pendant que des députés conservateurs l’enterraient.

Nombre de cas

Il y a eu plus d’un million de tests administrés au Canada jusqu’à maintenant. Environ 6 % d’entre eux ont détecté la maladie.

Les tests ont permis de déceler 64 922 cas confirmés ou probables dans l’ensemble du pays. La COVID-19 a provoqué la mort de 4408 Canadiens.

Distribution des cas au pays, selon les plus récents bilans provinciaux et territoriaux: 35 238 cas au Québec, dont 2631 décès; 19 121 cas en Ontario, dont 1477 décès; 6017 cas en Alberta, dont 114 décès; 2288 cas en Colombie-Britannique, dont 126 décès; 1007 cas en Nouvelle-Écosse, dont 44 décès; 531 cas en Saskatchewan, dont six décès; 283 cas au Manitoba, dont sept décès; 261 cas à Terre-Neuve-et-Labrador, dont trois décès; 120 cas au Nouveau-Brunswick, dont 118 guéris; 27 cas à l’Île-du-Prince-Édouard, dont 26 guéris; 11 cas au Yukon, tous guéris; cinq cas dans les Territoires-du-Nord-Ouest, tous guéris; aucun cas au Nunavut.

À ces bilans provinciaux et territoriaux s’ajoutent les 13 cas, tous guéris, chez les passagers rapatriés du navire de croisière Grand Princess le 10 mars.