Des Américains en colère contre la mort de George Floyd maintiennent la pression

WASHINGTON — Des gens de toutes origines ethniques, de toutes croyances, de tous âges et de toutes classes sociales ont pris la rue dans la capitale nationale américaine, samedi, afin d’exprimer leur colère contre le meurtre de George Floyd aux mains de policiers de Minneapolis, au Minnesota.

Ce mouvement qui persiste se heurte à deux immenses symboles qui en font un véritable sujet d’étude des contrastes politiques à l’intérieur de cette Amérique profondément divisée. Le mouvement marche précisément sur la faille la plus active de la société américaine.

«Black Lives Matter» (la vie des Noirs compte) — le slogan est peint en lettres majuscules, d’un trottoir à l’autre, de la couleur jaune des lignes de signalisation sur l’asphalte noir de la 16e rue de Washington.

Il s’étend sur deux pâtés de maisons, vers le Square Lafayette, et s’arrête juste avant l’église épiscopale St. John’s placardée. Puis, l’inscription reprend jusqu’à une place renommée «Black Lives Matter Plaza» en hommage au mouvement.

Là, une clôture métallique noire de deux mètres, à l’origine érigée pour maintenir les manifestants hors du parc, serpente tout autour du complexe abritant la Maison-Blanche et les immeubles voisins dont les abords ont été fortifiés de barrières de béton.

Dannielle Brown se trouvait justement à cet endroit, samedi, la résidence officielle du président barricadée derrière elle, la femme était en deuil.

«Il était un étudiant et un joueur de football», criait-elle à quiconque voulait l’écouter et brandissant le maillot encadré de son fils, Marquis Jayden Brown, mort en 2018 après un face à face avec la police. Un événement que personne n’a vu puisqu’il n’y a avait pas de téléphone cellulaire pour filmer la scène.

«La caméra n’enregistrait pas», a-t-elle laissé tomber en pleurs.

«Nous sommes nombreux ici dont l’histoire n’a pas été racontée, nous sommes très nombreux ici dans la capitale à avoir perdu des proches par la brutalité policière. On veut du changement et on le veut maintenant», a-t-elle poursuivi.

Les Américains ont l’habitude de ce refrain, qui dans le passé a eu tendance à s’estomper avec le temps. Mais samedi, une sensation palpable laissait croire que cette fois-ci pourrait être différente. Principalement parce que les hommes et les femmes noirs ne sont plus seuls dans la rue.

«Cette goûte a fait déborder le vase, a soutenu Zion Raeburn, un jeune homme noir de 20 ans qui étudie à l’Université Suquehanna, en Pennsylvanie. J’ai vu ça toute ma vie; j’étais à l’école secondaire quand Trayvon Martin a été abattu. Il y en a eu un nombre incalculable d’autres depuis et maintenant je suis à ma deuxième année d’université. J’aurais pu être n’importe laquelle de ces victimes.»

«Beaucoup plus de Blancs sont mieux informés maintenant et ils sont dans la rue. Leur voix est celle qui sera véritablement entendue. Le gouvernement américain est reconnu pour ignorer la voix des Noirs», a-t-il souligné.

Les manifestants bloquent les rues des villes de partout au pays depuis plus d’une semaine déjà, soit depuis la mort de George Floyd le 25 mai.

Si la violence et les pillages ont entaché les premiers jours du mouvement, ces méfaits ont grandement diminué, mais pas le nombre de manifestants.

Des foules massives sont sorties pour marcher partout aux États-Unis alors que dans la majorité des cas les policiers et militaires sont demeurés en retrait.

À Washington, les militaires et équipes tactiques anti-émeute ayant imposé leur présence une bonne partie de la semaine au Square Lafayette étaient invisibles.

En milieu de journée, les imposantes lettres de la 16e rue avaient disparu sous la présence de la foule. Ailleurs dans la capitale, des masses de gens ont passé une partie de la journée au pied du Lincoln Memorial et ont marché autour de la colline du Capitole pendant que les policiers s’assuraient de leur libérer la voie.

«Nous serons là aussi longtemps qu’il faudra», a assuré Adele McClure, directrice générale du caucus noir de l’Assemblée de la Virginie.

«Nous sommes fatigués, nous sommes en colère. Chaque fois que l’on voit un meurtre, on voit nos frères, nos oncles, nos pères. On voit tous nos proches dans ces meurtres. Alors c’est assez!», a-t-elle crié.

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