Des bactéries pourraient être liées au diabète de type 2

MONTRÉAL — Des bactéries pourraient être impliquées dans le développement du diabète de type 2, laisse entendre une étude publiée lundi par des chercheurs québécois et canadiens.

Les chercheurs de l’Université Laval, de l’Institut de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) et de l’Université McMaster rapportent ainsi dans la revue Nature Metabolism que le sang, le foie et certains dépôts de graisses abdominales de personnes diabétiques présentent une signature bactérienne différente de celle observée chez les non-diabétiques.

Les chercheurs croient que le matériel génétique bactérien qu’ils ont détecté dans ces tissus provient fort probablement de l’intestin.

«L’hyperglycémie (et) l’état pro-inflammatoire qui accompagnent le diabète peuvent affaiblir l’étanchéité ou l’intégrité de la barrière intestinale et expliquer le passage des bactéries, a dit l’auteur de l’étude, le professeur André Marette de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Il reste à trouver le lien de cause à effet, l’oeuf ou la poule, qu’est-ce qui vient avant? Est-ce que c’est la présence de ces signatures bactériennes dans les tissus qui arrive avant le diabète de type 2 ou l’inverse?»

La simple présence de fragments de bactéries peut activer des processus inflammatoires, rappelle-t-il, et la présence de bactéries vivantes n’est donc peut-être pas nécessaire pour induire ces phénomènes.

L’étude de l’impact du microbiote intestinal sur différentes facettes de la santé humaine compte parmi les domaines les plus chauds de la médecine depuis quelques années.

«Je dirais qu’on pousse l’intérêt d’étudier le microbiote à un autre niveau en montrant que maintenant on ne peut plus seulement parler de l’importance du microbiote intestinal, mais également on doit parler d’un microbiote adipeux, d’un microbiote hépatique, peut-être même d’un microbiote musculaire, s’il y en a dans le tissu musculaire, donc dans des organes métaboliques sont importants et pour lesquels nous pensions jusqu’à récemment que ces organes étaient stériles», a ajouté le professeur Marette, qui est également chercheur au Centre de recherche de l’IUCPQ.

Les chercheurs ont examiné des échantillons de sang et des tissus prélevés chez 40 personnes atteintes d’obésité sévère alors qu’elles subissaient une chirurgie bariatrique. La moitié des participants souffrait de diabète de type 2 alors que les autres sujets affichaient une résistance à l’insuline sans pour autant être diabétiques.

Les chercheurs ont constaté que la signature bactérienne des personnes diabétiques n’était pas la même que celle des non-diabétiques. L’abondance relative des bactéries variait d’un tissu à l’autre; elle atteignait un maximum dans le foie et dans le grand omentum (un tissu graisseux reliant l’estomac et le côlon transverse), deux sites fortement impliqués dans la régulation métabolique.

«Maintenant qu’on a découvert la présence de ces bactéries en dehors de l’intestin, mais bien rentrés dans des tissus métaboliques à l’intérieur de ces gens-là, la grande question est, s’il y en a plus chez les diabétiques, est-ce que c’est le développement du diabète qui a favorisé ce phénomène, ou si c’est plutôt que ces bactéries-là ont réussi à passer facilement chez les obèses qui ont éventuellement développé le diabète de type 2?», a dit le professeur Marette.

Les chercheurs ont aussi identifié dans ces tissus des bactéries qui sont typiquement retrouvées dans le sol et dans l’eau, et d’autres qui pourraient avoir un effet protecteur.

«Dans l’intestin, il y a des bactéries qui protègent également contre les maladies, donc des bactéries qui sont bonnes pour nous, a expliqué M. Marette. Est-ce que certaines de ces bactéries arrivent à atteindre le tissu adipeux, le tissu hépatique, le foie et nous protéger? C’est possible et c’est une des choses qu’on veut faire à l’avenir, bien identifier les bonnes des mauvaises bactéries qui sont présentes dans ces tissus de gens obèses, qu’ils soient diabétiques ou non.»

Les plus populaires