Des Canadiens de la diaspora appellent le pays à rompre les liens avec la Couronne

Certains Canadiens de la diaspora réclament l’indépendance du pays vis-à-vis de la Couronne après le décès d’Élisabeth II, affirmant que la mort de la reine est une occasion de repenser les liens avec la monarchie.

Plus de 50 pays ayant des liens historiques avec la Grande-Bretagne font partie du Commonwealth, dont la reine Élisabeth II a été à la tête tout au long de son règne. Sa mort jeudi est survenue alors qu’un nombre croissant de pays débattent de leur relation avec la Couronne britannique et que certains demandent que le pays s’excuse pour les abus durant l’ère coloniale et accorde à ses anciennes colonies des réparations pour l’esclavage.

Parmod Chhabra, le président de l’Association Inde Canada, dit qu’il respectait la reine en tant que souveraine du Canada, mais estime qu’il est temps pour le pays de rompre les liens avec la Couronne.

«Je pense que le temps est venu pour la monarchie de se retirer», a déclaré M. Chhabra, rappelant les atrocités commises contre les Indiens lorsque l’Empire britannique dirigeait ce pays.

«Nous devrions faire avancer la réflexion et penser à la liberté totale, au lieu d’avoir à la tête (le souverain) que nous n’élisons pas», a-t-il ajouté.

Lui faisant écho, Monir Hossain, président du Conseil national bangladais-canadien, a déclaré que le Canada devrait être un pays pleinement indépendant comme d’autres à travers le monde.

«Je pense que nous voulons tous l’indépendance ces jours-ci, a-t-il déclaré. Le monde évolue.»

La famille royale a fait face à de multiples controverses cette année concernant le rôle de la Couronne dans les anciennes colonies britanniques alors que les membres voyageaient pour célébrer le jubilé de platine de la reine, qui marquait ses 70 ans sur le trône.

En mars, le prince William et la duchesse de Cambridge ont été vivement critiqués pour être «sourds» aux préoccupations du moment et pour perpétuer des images de la domination coloniale britannique lors d’une tournée au Belize, en Jamaïque et aux Bahamas.

Bien que de nombreuses personnes aient salué chaleureusement la visite des membres de la famille royale, ils ont également été accueillis par des manifestants exigeant des excuses pour le rôle de la Grande-Bretagne dans l’asservissement de millions d’Africains et des réparations pour les dommages causés par l’esclavage.

Le mois suivant, le comte et la comtesse de Wessex — Edward, le plus jeune fils de la reine, et sa femme Sophie — ont reporté l’étape de Grenade d’une tournée dans les Caraïbes à la veille du voyage de sept jours après des consultations avec le gouvernement de Grenade et le gouverneur général, le représentant de la reine sur l’île.

Ils étaient susceptibles de faire face à des appels similaires pour des excuses britanniques lors de leur visite prévue à Grenade, où des militants avaient demandé une audience avec le couple royal.

La Barbade a rompu ses liens avec la monarchie en novembre et la Jamaïque a déclaré qu’elle ferait de même.

Au Canada, la mort de la reine alimentera probablement les conversations sur la fin des liens avec la monarchie, et certains répondront que le système du pays fonctionne bien et serait trop difficile à changer, a souligné Jonathan Malloy, professeur de sciences politiques à l’Université Carleton.

«La longévité de la reine nous a permis de retarder peut-être certaines conversations», et certains verront son décès comme une opportunité de changement, a-t-il déclaré vendredi.

La monarchie est anachronique et représente des valeurs qui ne correspondent plus à la direction du Canada, mais le système «fonctionne en fait assez bien (…) et il serait extrêmement difficile de le changer», a-t-il affirmé.

Par exemple, la Couronne est au cœur de nos systèmes juridiques et politiques, et rompre les liens avec elle minerait, entre autres, les traités avec les nations autochtones, a-t-il soutenu.

Des provinces aiment probablement aussi le système actuel parce qu’il leur permet de revendiquer leur propre relation directe avec la Couronne, et changer cela les obligerait à réviser leurs systèmes, a déclaré M. Malloy.

Il y aurait également des problèmes liés à la manière de sélectionner un nouveau chef d’État et un risque que la suppression de la Couronne ouvre la porte à d’autres tentatives de modification de la Constitution, a-t-il souligné.

«Aucun gouvernement ne veut être absorbé par des pourparlers et des changements constitutionnels», a-t-il déclaré, soulignant les crises constitutionnelles du lac Meech et de Charlottetown il y a plusieurs décennies.

Vendredi, ce n’est pas tout le monde dans la communauté de la diaspora qui critiquait la reine et la monarchie britannique.

Reuben Wong, 73 ans, qui a grandi dans la pauvreté à Hong Kong avant d’immigrer au Canada dans les années 1970, a déclaré qu’il ne serait pas là où il est aujourd’hui sans la reine et le système britannique.

Hong Kong ne fait pas partie du Commonwealth depuis la rétrocession à la Chine en 1997, mais certains membres de sa diaspora au Canada continuent d’embrasser la monarchie.

«L’esprit de la reine vit dans mon sang», a déclaré vendredi le retraité de Richmond, en Colombie-Britannique.

M. Wong a déclaré avoir grandi dans un village sans eau ni électricité et a rendu hommage à l’éducation gratuite dispensée par les autorités coloniales britanniques qui lui a permis d’immigrer et de se forger une carrière de fonctionnaire.

«Quand je regarde en arrière, je suis reconnaissant envers le système britannique à Hong Kong et la reine», a-t-il ajouté.

– Avec des informations de Paola Loriggio, de Nono Shen et de l’Associated Press

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