Des Canadiens intentent une action collective contre Facebook

OTTAWA — Deux utilisateurs de Facebook réclament des dommages-intérêts au nom de centaines de milliers de Canadiens dont les données personnelles peuvent avoir été utilisées de manière inappropriée à des fins politiques.

L’action collective proposée par les résidents de Calgary Saul Benary et Karma Holoboff demande à la Cour fédérale d’ordonner au géant des médias sociaux de renforcer ses pratiques de sécurité afin de mieux protéger les informations sensibles et de se conformer à la loi fédérale sur la confidentialité.

Elle réclame également 1000 $ pour chacun des quelque 622 000 Canadiens dont les renseignements ont été partagés avec d’autres au moyen d’une application numérique.

En avril de l’année dernière, le commissaire à la protection de la vie privée, Daniel Therrien, et son homologue de la Colombie-Britannique, Michael McEvoy, ont découvert des lacunes majeures dans les procédures de Facebook et ont appelé à des lois plus strictes pour protéger les Canadiens.

L’enquête faisait suite à des révélations voulant que Facebook ait laissé une organisation extérieure utiliser une application pour accéder aux informations personnelles des utilisateurs, et que certaines des données aient ensuite été transmises à d’autres. Les destinataires de l’information comprenaient la société Cambridge Analytica, qui était impliquée dans des campagnes politiques américaines.

L’application, connue pendant un certain temps sous le nom de «This is Your Digital Life», encourageait les utilisateurs à répondre à un quiz de personnalité, mais recueillait beaucoup plus d’informations sur les personnes qui avaient installé l’application, ainsi que des données sur leurs amis Facebook, ont souligné les commissaires.

Environ 300 000 utilisateurs de Facebook dans le monde ont installé l’application, ce qui a conduit à la divulgation potentielle des informations personnelles d’environ 87 millions d’autres personnes, dont 622 000 Canadiens, selon le rapport.

Les commissaires ont conclu que Facebook avait enfreint la loi canadienne sur la protection de la vie privée régissant les entreprises en n’obtenant pas un consentement valide et significatif des utilisateurs de l’application et de leurs amis. Ils ont ajouté que la société avait des «mesures inadéquates» pour protéger les renseignements des utilisateurs.

Facebook conteste

Malgré sa reconnaissance publique d’un «important abus de confiance» dans le scandale de Cambridge Analytica, Facebook a contesté les conclusions du rapport et les commissaires ont affirmé que la société avait refusé de mettre en œuvre leurs recommandations.

En conséquence, M. Therrien a intenté sa propre action devant la Cour fédérale en février, demandant à un juge de déclarer que Facebook avait enfreint la loi canadienne sur la protection de la vie privée.

À son tour, Facebook a demandé à un juge de rejeter la conclusion des commissaires voulant que les pratiques laxistes du géant des médias sociaux aient permis l’utilisation de données personnelles à des fins politiques.

Facebook a affirmé qu’il n’y avait aucune preuve que les données des utilisateurs canadiens aient été partagées avec Cambridge Analytica, un élément que la société a réitéré mercredi dans une déclaration à La Presse Canadienne.

Dans leur requête au tribunal, cependant, M. Benary et Mme Holoboff déclarent avoir été informés par Facebook en avril 2018 que leurs informations «avaient été divulguées à Cambridge Analytica sans leur consentement».

Les deux se sont plaints au bureau de M. Therrien cette année-là de la collecte et de la divulgation inappropriées de leurs informations.

En octobre 2019, le commissaire a informé M. Benary et Mme Holoboff qu’ils pouvaient porter plainte devant la Cour fédérale.

Leur requête demande au tribunal d’autoriser une action collective et de déclarer que Facebook était obligée de protéger ses informations en vertu de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques.

Les avocats des deux plaignants n’ont fait aucun commentaire.

Facebook n’a pas encore répondu devant le tribunal à la demande d’action collective.

Meg Sinclair, porte-parole de Facebook Canada, a affirmé mercredi que la société avait apporté «des améliorations spectaculaires à (sa) plateforme pour protéger les informations personnelles des gens».

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