Des candidats aux élections municipales ontariennes font face à une «haine organisée»

Tout comme lors des élections québécoises, plusieurs candidats aux élections municipales ontariennes, qui se dérouleront lundi, ont été confrontés à des menaces et à des messages de haine.

Par exemple, Kojo Damptey, qui tente sa chance dans un quartier d’Hamilton, a vu un autocollant «les Blancs en premier» sur une de ses affiches.

«Me présentant pour le conseil municipal, je savais que cela arriverait. Et voilà, c’est arrivé, raconte-t-il. Nous n’avons pas été surpris.»

La police de Hamilton enquête sur trois incidents haineux reliés aux élections municipales.

Les candidats provenant de la diversité et les femmes semblent les plus ciblés par ces messages. Certains ont dû consacrer temps et énergie pour recenser ces menaces. D’autres candidats ont mis en doute leur décision de se lancer en politique.

Nili Kaplan-Myrth se présente pour la première fois au conseil scolaire d’Ottawa-Carleton. Ce médecin de famille était déjà connue de la population pour ses prises de position pour la vaccination et les mesures de santé publique pendant la pandémie.

Sa campagne a été prise comme cible par des malfaisants. On lui a volé des affiches. Elle a reçu des messages antisémites et des menaces.   

«J’ai été bombardée de messages, lance-t-elle. C’est une haine organisée.»

La Police d’Ottawa dit avoir reçu 41 plaintes, dont une pour crime haineux, relativement à des affiches électorales vandalisées. 

Le nombre de plaintes n’est pas inhabituel si on le compare aux élections passées, dit la superintendante intérimaire Heather Lachine. Toutefois, le corps policier est «plus proactif» en 2022 en informant plus tôt les candidats du processus de plainte pour un crime haineux.

À Hamilton, M. Damptey mentionne que son organisation a dû prendre une nouvelle approche pour sa sûreté, ce qui l’a éloigné des thèmes qu’il souhaitait développer pendant la campagne. Il doit réagir rapidement à des commentaires du type «je n’aime pas le woke» que lui font des électeurs en le voyant afin de désescalader un conflit potentiel, mais cela l’empêche de parler des politiques qu’il prône.

M. Damptey et Mme Kaplan-Myrth n’ont aucun regret. Le premier dit que l’autocollant suprémaciste posé sur une de ses affiches lui donne l’occasion de discuter ouvertement du racisme au cours de la campagne.

Il reconnaît que d’être confronté à l’intolérance est un fardeau.

«Il faut vraiment porter notre attention et discuter des moyens pour réduire le tort vécu par les gens racialisés quand ils se présentent pour servir leur communauté», souligne M. Damptey.

Melanee Thomas, une politologue de l’Université de Calgary, exprime son inquiétude devant la montée de la rhétorique contre les politiciens et les candidats. Le harcèlement contre des femmes et des personnes provenant de la diversité vise à les empêcher à s’impliquer en politique, dit-elle. Cela prend sa source au sein de groupes se sentant eux-mêmes menacés par la diversité.

«Ces gens qui croient que Dieu leur a donné le privilège d’être au-dessus des autres à cause de leur race et de leur genre sont devenus très fâchés et veulent résister aux changements», ajoute-t-elle.

Le Canada doit évaluer le rôle des suprémacistes blancs dans les institutions politiques si on veut progresser. «Le problème pourrait s’empirer avant que les choses s’améliorent», craint la Pr Thomas.

La politologue Angelia Wagner, de l’Université de l’Alberta, a déjà mené des recherches sur le harcèlement politique. Elle a constaté que les femmes qu’elle a interviewées étaient au courant du problème, mais cela ne les empêchait pas de présenter leur candidature.

«Ce n’est pas perçu comme une barrière, mais comme un problème, explique-t-elle. Mais cela pourrait devenir une barrière un jour, une barrière très ardue à franchir.»

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