Des Cégeps dénoncent que trop d’Africains soient privés de permis d’étude au Québec

MONTRÉAL — Les dirigeants de certaines institutions collégiales du Québec affirment que 80 % à 90 % des étudiants internationaux qu’ils ont acceptés d’Afrique se voient refuser des permis d’études par le gouvernement fédéral, ce qui compromet leur capacité à offrir des programmes et soulève des questions sur la partialité du système d’immigration.

Au Cégep de la Gaspésie et des Îles, seuls deux des 19 étudiants africains qui ont été acceptés et qui ont demandé des permis d’étude ont pu en obtenir un, selon sa directrice générale. Au Collège d’Alma, au Lac-St-Jean, 20 étudiants sur 139 ont obtenu un permis.

Les représentants des deux collèges disent qu’en comparaison, presque tous les étudiants qui postulent depuis la France sont acceptés.

Yolaine Arseneau, directrice du Cégep de la Gaspésie et des Îles, soutient que le taux de refus pour les étudiants africains est de 89 %. « Nous trouvons cela énorme », a-t-elle déclaré.

Lors d’un entretien téléphonique, Mme Arseneau a ajouté que la situation était frustrante pour le collège, qui se donne beaucoup de mal pour recruter des étudiants internationaux. Sans parler de l’impact sur les étudiants eux-mêmes. « Cela doit être très décourageant pour eux », à son avis.

Frédéric Tremblay, responsable des communications au Collège d’Alma, croit qu’il y a une distorsion entre les gouvernements du Canada et du Québec, en particulier dans les régions à l’extérieur du Grand Montréal, qui sont confrontées à une population vieillissante et à une pénurie de main-d’œuvre.

Il signale que la principale raison invoquée pour refuser les permis d’études est que les autorités ne croient pas que le demandeur rentrera chez lui après ses études, même si la province espère les retenir. «C’est avantageux pour le Québec d’aller chercher des étudiants qui parlent déjà le français et qu’on peut former ici pour les garder sur le marché du travail», a-t-il dit.

Parfois, a-t-il dit, des étudiants sont refusés au motif qu’ils n’ont pas les moyens financiers de subvenir à leurs besoins, même s’ils ont reçu des bourses complètes.

Le refus de permis pour les étudiants venant d’Afrique n’est pas nouveau, et c’est un problème à tous les niveaux d’enseignement et dans toutes les provinces, a déclaré Francis Brown Mastropaolo, directeur des affaires internationales de la Fédération des cégeps. Mais à son avis, les cégeps du Québec et leurs futurs étudiants sont les plus durement touchés.

Les taux de rejet varient selon les pays, a-t-il dit, et certains des plus élevés se trouvent dans les pays africains francophones où le Québec cherche des immigrants, comme l’Algérie et le Congo. Dans le même temps, les taux de rejet ont tendance à baisser avec des niveaux d’études plus élevés, ce qui signifie que les refus au niveau collégial sont plus élevés que ceux des candidats à la maîtrise et au doctorat.

Dans l’ensemble, Francis Brown Mastropaolo estime que 80 % des permis d’études des collèges d’Afrique francophone sont refusés par le gouvernement fédéral, contre 30 % à 35 % pour les étudiants indiens et 20 % pour les étudiants chinois.

Selon lui, les collèges les plus touchés sont ceux des régions périphériques du Québec, qui ont un faible taux d’inscription et ont besoin du coup de pouce des étudiants internationaux pour pouvoir maintenir les programmes.

«Parfois, avoir trois, quatre, cinq étudiants internationaux nous permet de démarrer le programme pour un cycle de trois ans, et par conséquent, il y a plus d’accès pour les étudiants locaux», fait-il observer.

Yolaine Arseneau croit que plus d’étudiants internationaux francophones fournissent à la fois une future main-d’œuvre potentielle et aident à assurer la survie des programmes au profit des locaux. De plus, des étudiants d’horizons variés améliorent l’expérience étudiante grâce à des «échanges interculturels», a-t-elle ajouté.

Bien que les représentants des collèges ne puissent pas dire avec certitude si les préjugés raciaux sont un facteur dans les différents taux d’acceptation, ils disent que c’est au moins une possibilité que même le gouvernement fédéral reconnaît.

Francis Brown Mastropaolo était l’un des nombreux experts qui ont témoigné lorsque le comité de la Chambre des communes sur la citoyenneté et l’immigration a commencé à étudier la question en février.

Le comité a produit un rapport contenant 35 recommandations, notamment pour plus de transparence sur les motifs de refus, pour réglementer les agences de recrutement pour se prémunir contre la fraude et travailler avec les écoles et les provinces pour réduire les malentendus pouvant entraîner des refus.

Le comité a également appelé le gouvernement du Canada à clarifier les règles pour s’assurer que la demande d’un étudiant ne soit pas compromise parce qu’il souhaite éventuellement s’établir au Canada.

Dans une réponse déposée le 28 septembre, le gouvernement fédéral a reconnu les problèmes soulevés.

«Bien que toutes les demandes soient évaluées selon les mêmes critères, quel que soit le pays d’origine du demandeur, le ministère reconnaît que les répercussions du racisme et de la discrimination historiques s’étendent au système d’immigration du Canada», a écrit Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

«Bien que les taux d’approbation des demandes de permis d’études pour ceux qui ont l’intention d’étudier au Québec soient similaires à ceux destinés aux autres provinces, davantage de travail est nécessaire au sein du ministère pour comprendre les différences dans les taux d’approbation des permis d’études entre l’Afrique et les autres régions.»

Dans sa réponse de 20 pages, le gouvernement s’est engagé à travailler avec le gouvernement du Québec sur les permis d’études. Il a également accepté de travailler à fournir de meilleures informations sur son processus de demande, à augmenter la formation et les ressources de son personnel et à revoir sa façon d’évaluer les candidats, notamment en veillant à ce que ceux qui pourraient éventuellement vouloir immigrer au Canada ne soient pas pénalisés.

Francis Brown Mastropaolo a dit qu’après des années de travail, il est encourageant de voir le gouvernement fédéral reconnaître enfin les problèmes de longue date du système. « Maintenant, ce que nous voulons voir, ce sont des résultats ».

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