Des centaines de personnes se recueillent à Montréal pour les victimes en Iran

MONTRÉAL — Quelques centaines de personnes se sont recueillies, jeudi soir, devant le Pavillon Guy-De Maisonneuve, de l’Université Concordia, à Montréal pour rendre hommage aux 176 victimes de l’accident d’avion survenu mercredi près de Téhéran. Des veillées aux chandelles étaient également organisées un peu partout à travers le Canada.

Pas moins de 138 des 176 passagers à bord du vol PS752 du transporteur Ukraine International Airlines, à destination de Kiev, avaient un vol de correspondance vers le Canada.

Parmi eux, on compte au moins 63 citoyens canadiens et au moins cinq victimes avaient des liens avec le Québec. L’Université Concordia a confirmé que deux de ses anciens étudiants étaient au nombre des victimes, soit Siavash Ghafouri-Azar et Sara Mamani.

L’École de technologie supérieure (ÉTS) a aussi confirmé la mort de deux de ses étudiants, Aida Farzaneh et Arvin Morattab. Puis, une cinquième victime québécoise a été confirmée par son employeur, Bombardier Produits récréatifs, il s’agit de Mohammad Moeini.

Dès 17h30, jeudi, la petite place devant l’édifice à l’angle des rues Guy et De Maisonneuve était bondée de monde. Des photos des victimes étaient affichées et des tables remplies de chandelles illuminaient l’endroit où un silence pesait malgré la densité de la foule.

L’un des coorganisateurs de la veillée, Saman Abolfathi, a confié qu’il réfléchissait depuis mercredi soir à ce qu’il pourrait faire pour mobiliser les gens et l’idée d’un moment de recueillement s’est imposée d’elle-même.

«Honnêtement, je ne m’attendais pas à voir autant de gens, mais je suis tellement reconnaissant de voir tout ce monde, a-t-il commenté quelques heures après le début de l’événement. Ça fait du bien de voir ça à une époque où il ne reste pas tellement de compassion. Ça redonne foi en l’humanité.»

Parmi la foule, on comptait un grand nombre de membres de la diaspora iranienne et ceux-ci ont spontanément créé un moment particulièrement touchant en entonnant en choeur une chanson du folklore iranien intitulée «Morghe Sahar».

«Tout le monde la connaît par coeur. Ça parle de l’attachement à la maison, à l’endroit d’où l’on vient», souligne M. Abolfathi, qui a vécu la plus grande partie de sa vie à Téhéran et qui s’est installé à Montréal cette année.

Hamid Nourani, président de l’Association des diplômés de la faculté d’ingénierie et d’informatique (ECSGA), a lui aussi contribué à l’organisation de la soirée. Il a également été étonné de l’ampleur de la mobilisation, y voyant un signe que les gens avaient besoin de partager leur douleur devant cette tragédie.

«C’est un choc. Je pense beaucoup aux familles de ces étudiants. Ce doit être très difficile pour elles parce que l’on vient ici, au Canada, pour se bâtir un avenir meilleur, pour être en sécurité, et voilà qu’une chose comme cela arrive», partage-t-il.

Pour bon nombre d’étudiants iraniens, ce drame est d’autant plus personnel puisqu’ils voyagent régulièrement à bord de ces avions ukrainiens ou russes.

«C’est un vol que beaucoup d’étudiants prennent parce que c’est un transporteur à faible coût. On prend des vols vers l’Ukraine ou la Russie parce que ça coûte beaucoup moins cher que les transporteurs comme Qatar Airways, par exemple», explique M. Nourani.

Perdre un ami

Les larmes coulaient et les gestes de réconfort se multipliaient dans la foule endeuillée. Si chacun avait sa raison personnelle d’assister à la veillée, un jeune homme rencontré sur place pleurait la perte d’un ami cher.

Préférant conserver l’anonymat, il a tout de même accepté de livrer un témoignage à La Presse canadienne pour rendre hommage à son ami disparu, Mohammad Hossein Asadi Lari.

«Il était étudiant en médecine à Toronto, mais on s’est connu à Montréal il y a quelques années», précise-t-il. Les deux amis se sont ensuite revus à Vancouver et à Toronto, là où Mohammad a tour à tour poursuivi ses études.

Il le décrit comme un jeune homme très engagé pour la jeunesse au Canada et comme «une personne brillante avec un grand coeur».

«On avait des conversations pour refaire le monde! Il était un grand rêveur, mais un grand faiseur aussi. Je trouve cela très triste de savoir qu’il n’aura pas la chance de réaliser ses ambitions», a confié celui qui a évidemment vécu un choc en apprenant la nouvelle.

La veillée lui a cependant fait du bien, malgré la douleur. Il dit y voir «une soif d’envoyer un message de solidarité et d’amour pour ces gens-là qui avaient des histoires, des amis».

Ailleurs au pays

D’autres veillées avaient lieu ailleurs au pays, notamment sur la colline du Parlement à Ottawa, dans le nord de Toronto et à Halifax.

Le premier ministre Justin Trudeau a brièvement participé à la veillée organisée à Ottawa. Il s’est joint à la foule rassemblée pour se recueillir devant le Parlement. Il a déposé un bouquet de roses blanches devant le mémorial érigé pour l’occasion. Le premier ministre s’est également recueilli pendant quelques instants. 

Plus tôt jeudi, M. Trudeau a déclaré que des renseignements venant de multiples sources indiquent que l’avion aurait été abattu par un missile iranien. Il a ajouté qu’il est possible que cela ait été fait involontairement.

Justin Trudeau a répété à de nombreuses reprises qu’il souhaite la tenue d’une enquête approfondie et que le Canada travaille avec ses alliés dans ce sens.

Des centaines de personnes se sont aussi rassemblées mercredi soir dans plusieurs villes du pays, dont Edmonton et Toronto.