Des «champignons magiques» comme thérapie? D’anciens combattants ouvrent la voie

SALT LAKE CITY — Les champignons hallucinogènes gagnent en popularité aux États-Unis à titre de traitement de troubles mentaux comme le stress post-traumatique. Cette pratique s’impose même tranquillement dans les États les plus conservateurs grâce à l’aide d’anciens combattants.

C’est notamment le cas de l’Utah, qui est devenu au moins le quatrième État depuis deux ans à autoriser l’étude du potentiel médical des substances hallucinogènes dont la consommation demeure illégale aux yeux de la loi fédérale. Plusieurs municipalités ont aussi choisi de décriminaliser les «champignons magiques» alors que d’énormes investissements inondent ce potentiel nouveau marché.

D’après des experts, la recherche sur les hallucinogènes semble prometteuse dans le traitement de divers problèmes allant du choc post-traumatique à la dépendance au tabac. Toutefois, le recours à ces substances comporte de graves dangers surtout pour les patients vivants avec d’autres conditions de santé mentale particulières.

Dans le cas de Matthew Butler, un ancien combattant ayant passé 27 ans dans l’infanterie américaine, il aura eu besoin d’une journée en cellule pour réaliser que son trouble de stress post-traumatique (TSPT) était devenu hors de contrôle.

Récemment retraité des «bérets verts», il avait déjà essayé les antidépresseurs, la thérapie et la zoothérapie. Sauf qu’au moment où sa famille a tenté de lui ouvrir les yeux en le confrontant dans la résidence familiale, il a explosé et a défoncé un mur. De toute évidence, toutes les solutions avaient échoué.

«J’avais une belle maison, un bon emploi, tout, mais je ne dormais pas, je faisais des cauchemars, l’anxiété me rongeait, j’évitais les foules, a-t-il confié. Ma vie était un naufrage.»

Ce sont finalement les hallucinogènes qui ont changé sa vie, partage-t-il.

«J’ai réussi à remonter très loin et réaliser: « Oh, je vois ce qui s’est passé. Je comprends maintenant. »», raconte l’homme de 52 ans. Aujourd’hui, il n’a plus affaire aux policiers, il jouit d’un mariage heureux et s’est réconcilié avec ses parents.

M. Butler, qui réside en banlieue de Salt Lake City, fait partie d’un mouvement d’anciens combattants qui tentent de convaincre les élus de plusieurs États d’étudier l’usage des drogues hallucinogènes comme traitement médical.

Jusqu’ici, l’Oregon demeure le seul État à avoir rendu légale l’utilisation thérapeutique de la psilocybine, l’ingrédient actif de certains champignons. Cependant, le débat est lancé dans de nombreuses autres juridictions américaines non seulement dans les États démocrates comme Hawaï, le Connecticut et le Maryland, mais aussi dans les États républicains du Texas, de l’Utah et de l’Oklahoma, où des projets de loi sont à l’étude.

Ces avancées contrastent avec l’opposition obstinée à laquelle est confronté l’usage de cannabis à des fins médicales. Une avenue à laquelle les élus de l’Utah se sont longtemps opposés jusqu’à ce qu’un référendum sur la question parvienne enfin à forcer le gouvernement à aller de l’avant.

Dans le cas des drogues hallucinogènes, la proposition d’étudier l’efficacité d’un large éventail de substances a facilement été adoptée cette année.

Même scénario au Texas, où le cannabis est toujours illégal, qu’il soit consommé dans un contexte médical ou non. Étonnamment, l’ex-gouverneur républicain Rick Perry a parrainé un projet de loi l’an dernier qui accorde 1,4 million $ US à l’étude d’un traitement de psilocybine pour atténuer les effets des troubles de stress post-traumatique.

«Il y a un stigma rattaché à la psilocybine et à la majorité des hallucinogènes qui remonte aux années ’60 et ’70. C’est très difficile à combattre, explique le représentant démocrate Alex Dominguez, qui a déposé le projet de loi. Mon approche a été de dire « Trouvons le groupe que tous les partis disent soutenir » et c’était évidemment les anciens combattants.»

Il s’est aussi tourné vers des voix conservatrices favorables, comme l’ex-gouverneur Perry, et leur a laissé le fardeau de convaincre les gens de leur côté du spectre politique.

Le Maryland a également approuvé son propre projet de recherche. Puis, des Villes comme Washington D.C., Denver, Oakland, Santa Cruz, Ann Arbor et Cambridge ont décriminalisé la psilocybine. 

Au-delà de l’ouverture des autorités, une foule d’investisseurs en capital de risque ont injecté des fonds pour être les premiers à pénétrer le marché des drogues hallucinogènes thérapeutiques, mentionne le directeur du département de psychiatrie de l’Université Yale John Krystal.

Il s’agit d’un étonnant revirement de situation dans un champ d’études qui avait captivé les chercheurs des années ’50 et ’60 avant que les champignons magiques et le LSD ne deviennent des drogues récréatives illégales.

De nouvelles études tendent maintenant à indiquer que la psilocybine peut être utile dans le traitement de nombreux troubles allant de la dépression majeure à l’alcoolisme, affirme le professeur adjoint au département de psychiatrie de l’Université de l’Utah, Ben Lewis.

«Les gens parlent de cette période comme de la renaissance des hallucinogènes, note-t-il. Jusqu’à 30 % des personnes souffrant de dépression sont considérés comme étant résistants aux traitements actuels.» Il ajoute que certaines avancées récentes alimentent l’enthousiasme du côté des drogues.

Par ailleurs, le risque de dépendances et de surdoses est considéré comme faible avec les hallucinogènes, surtout sous supervision médicale. Par contre, il existe des risques pour la santé cardiaque ainsi que pour la santé psychologique particulièrement chez ceux qui ont des antécédents familiaux de troubles bipolaires et de schizophrénie.

De nombreuses substances hallucinogènes comme le LSD, la mescaline, la psilocybine et l’ayahuasca sont des produits à base de plantes consommés depuis fort longtemps par des communautés autochtones à travers le monde.