Des chefs autochtones optimistes après l’élection d’un gouvernement minoritaire

VANCOUVER — Le chef de l’Assemblée des Premières Nations a déclaré que le gouvernement minoritaire élu lundi offrait une occasion de continuer de faire avancer les enjeux touchant les peuples autochtones du Canada.

Le chef national Perry Bellegarde a déclaré que les libéraux avaient fait plus pour les droits des peuples autochtones que tout autre gouvernement au cours de son premier mandat, mais qu’il subsistait un énorme fossé socio-économique entre les Canadiens des Premières Nations et les Canadiens non autochtones.

«Progrès ne veut pas dire parité», a noté M. Bellegarde en entrevue. «Il y a une occasion de maintenir l’élan, de continuer à pousser et à ouvrir des portes.»

En tant que chef d’un gouvernement minoritaire, Justin Trudeau devra passer des accords avec des rivaux politiques pour faire adopter des projets de loi. Cela pourrait signifier une coopération avec les néo-démocrates, qui seraient bien placés pour faire avancer certaines de leurs priorités politiques.

Le fait que les plateformes libérales et néo-démocrates se chevauchent dans nombre de leurs promesses envers les peuples autochtones est de bon augure pour la résolution de certains problèmes, a déclaré M. Bellegarde.

«Ils se ressemblent sur de nombreux enjeux et domaines politiques prioritaires», a dit M. Bellegarde. «Il y a des synergies, donc c’est un bon signal.»

Les formations ont toutes deux promis, par exemple, d’adopter la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et de donner suite aux conclusions de la Commission de vérité et de réconciliation et de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Les deux partis pourraient également collaborer pour mettre fin aux avis d’ébullition d’eau, faire des progrès significatifs dans la lutte contre le changement climatique — la principale priorité électorale identifiée par l’assemblée — et travailler à la mise en œuvre intégrale d’un projet de loi visant à protéger les langues autochtones et d’un autre projet établissant un cadre pour le transfert de la compétence en matière de services à l’enfance et à la famille aux communautés autochtones.

«Je pense que le premier ministre Trudeau sera soumis à davantage de pression pour que le Canada fonctionne, afin que cela fonctionne pour tout le monde, y compris les membres des Premières Nations», a avancé M. Bellegarde.

Il estime que le gouvernement devrait redoubler d’efforts pour combler le fossé «totalement inacceptable« des conditions de vie entre les membres des Premières Nations et les Canadiens non autochtones.

Les Nations unies classent les Canadiens comme ayant la sixième meilleure qualité de vie au monde, mais les communautés des Premières Nations du Canada se classeraient au 63e rang en utilisant le même indice de développement humain, a-t-il souligné.

D’autres étaient cependant moins optimistes quant à la possibilité que les libéraux fassent des progrès significatifs sans une poussée de la part du NPD, en se basant sur le premier mandat de M. Trudeau.

«Nous avons vu ce film et c’était très décevant», a déclaré le grand chef Stewart Phillip de l’Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique.

Mais il a ajouté que le système politique n’est pas conçu pour permettre un mouvement rapide sur de nombreux problèmes contemporains.

«Le vieux modèle de gouvernance dans ce pays est très archaïque et, à mon avis, incapable de relever la multitude de problèmes survenus au cours de la dernière décennie», a-t-il affirmé, citant le réchauffement climatique et la transition des combustibles fossiles aux énergies renouvelables.

M. Phillip a dit croire que les néo-démocrates pourraient exercer la pression appropriée pour faire progresser les priorités des peuples autochtones.

«Avec Jagmeet Singh dans le décor cette fois, je pense qu’il y aura une différence spectaculaire», a indiqué M. Phillip, qui a participé à trois événements de campagne du NPD.

D’autres ont également appelé à la collaboration.

Dans un communiqué de presse, le Congrès des peuples autochtones a déclaré que, avec de nombreuses circonscriptions déterminées avec une centaine de voix ou moins, il est à espérer que tous les partis déploieront des efforts supplémentaires pour prêter attention aux droits et aux intérêts des 1,6 million d’Autochtones du Canada.

«Comme aucun parti ne détient la majorité, ce Parlement aura besoin de mettre davantage l’accent sur la création de ponts et la collaboration», a déclaré le chef national Robert Bertrand.

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