Des chercheurs du CHUM raffinent le diagnostic du cancer de la prostate

MONTRÉAL — Le cancer de la prostate est la forme la plus fréquemment diagnostiquée chez les hommes en Amérique du Nord et pourtant son mode de dépistage demeure somme toute rudimentaire. Toutefois, une équipe du Centre de recherche du CHUM (CRCHUM) et de Polytechnique Montréal croit avoir mis au point une méthode améliorée permettant de détecter les formes les plus agressives de la maladie.

D’après le communiqué publié mardi par le CRCHUM, la méthode combinant l’imagerie par microspectroscopie Raman et l’intelligence artificielle permettrait d’obtenir des résultats précis de diagnostic de cancer de la prostate dans près de 9 cas sur 10, et un taux encore plus élevé pour identifier la forme plus agressive appelée «carcinome intracanalaire de la prostate».

Dans le cadre de cette étude publiée vendredi dernier dans PLoS Medicine, les chercheurs Dre Dominique Trudel et Frédéric Leblond ainsi que la chercheuse postdoctorale Andrée-Anne Grosset souhaitaient faciliter l’identification de patients à risque et améliorer la capacité de diagnostic des médecins.

D’après les données fournies par le CRCHUM, environ 20 % des quelque 4200 Canadiens qui meurent chaque année d’un cancer de la prostate sont atteints de ce carcinome intracanalaire. Malgré ces chiffres élevés, les médecins ne peuvent déceler cette variante que par «une observation visuelle des tissus prélevés», explique-t-on.

En entrevue, Dre Dominique Trudel explique qu’il n’existe actuellement pas d’outil technologique pour valider la présence de cellules cancéreuses dans les tissus et encore moins la présence de carcinome. Les pathologistes ne peuvent se fier qu’à leurs observations au microscope.

De plus, la méthode visuelle comporte une importante lacune, c’est-à-dire que même si la conclusion de l’observation est négative, cela n’assure pas l’absence de lésions.

Les chercheurs croient avoir enfin résolu ce problème et développé un moyen de détecter cette dangereuse forme de la maladie.

Méthodologie

Pour mener à bien leur étude, les chercheurs ont analysé des échantillons de tissus provenant de 483 patients atteints du cancer de la prostate. Ces échantillons ont été recueillis au CHUM, au Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ) et à l’University Health Network de Toronto.

La procédure consistait à identifier la signature moléculaire de chaque échantillon grâce à l’imagerie par microspectroscopie Raman, une spécialité de Frédéric Leblond, professeur au département de génie physique de Polytechnique Montréal.

Il s’agit d’utiliser des rayons lumineux pour bombarder les molécules d’un échantillon, puis analyser leurs mouvements pour identifier les liaisons chimiques qui le composent.

Ces données ont ensuite servi à entraîner des algorithmes pour permettre à l’intelligence artificielle de reconnaître et de classifier les signatures moléculaires des tissus sains et des différentes formes de cancer de la prostate.

La méthode développée par les chercheurs du CHUM offrirait des résultats d’analyse en 90 minutes alors que la procédure actuelle nécessite en général 24 heures.

«Ça va raffiner les diagnostics et ça va aussi démocratiser l’accès aux analyses. Ce sera plus facile à faire», souligne Dre Dominique Trudel. Aujourd’hui, un pathologiste qui hésite ou s’interroge doit envoyer son échantillon à un collègue alors qu’il pourrait éventuellement recourir à la microspectroscopie Raman.

Éventuellement, les chercheurs espèrent que leur technique permette non seulement d’améliorer la précision des diagnostics, mais aussi d’éviter à des patients de subir des traitements inutiles pour un cancer de la prostate jugé inoffensif.

Encore quelques années

Si les résultats de l’étude s’avèrent encourageants, la méthode demeure encore à un stade intermédiaire de son processus de développement. Pour la suite des choses, l’équipe du CRCHUM veut continuer d’entraîner son algorithme en analysant davantage d’échantillons de patients, mais aussi poursuivre la mise au point de sa méthode.

Dre Trudel estime que l’on pourrait voir ce type de diagnostics apparaître dans nos hôpitaux d’ici deux à trois ans. Cette méthode pourrait représenter une petite révolution pour les pathologistes, mais surtout pour les patients devant livrer bataille contre le cancer de la prostate.