Des chercheurs mobilisent le système immunitaire pour combattre le lymphome

MONTRÉAL — Des chercheurs américains ont réussi à mobiliser le système immunitaire de certains patients pour l’envoyer attaquer et détruire le lymphome dont ils étaient atteints, ce qui représente une stratégie «inédite» dans le domaine de l’immunothérapie, selon un expert montréalais.

Le système immunitaire est normalement incapable de reconnaître une tumeur comme étant un intrus à combattre. Les chercheurs de Mount Sinai ont donc injecté un cocktail de stimulants directement dans une tumeur afin de lui enseigner que cette tumeur et toutes ses soeurs devaient être anéanties.

Les stimulants recrutent et activent des cellules importantes appelées cellules dendritiques, qui sont l’équivalent de généraux au sein du système immunitaire. Les cellules dendritiques ordonnent ensuite à leurs soldats, les cellules T, de détruire les cellules cancéreuses, mais de ne pas s’en prendre aux cellules saines.

Le postulat de base des chercheurs américains, a expliqué le docteur Claude Perreault, de l’Institut de recherche en immunologie et cancérologie affilié à l’Université de Montréal, était que les cellules dendritiques ne jouaient possiblement pas leur rôle correctement, en omettant d’ordonner aux cellules T de passer à l’attaque.

«(Les chercheurs américains) ont démontré de manière convaincante que leur cocktail moléculaire est capable d’attirer des cellules dendritiques à l’intérieur des tumeurs», a dit le docteur Perreault.

Cette stratégie novatrice a fait l’objet d’un petit essai clinique auprès de 11 patients, dont certains ont obtenu une rémission complète qui a duré des mois, voire des années.

«Trois des 11 (patients) ont eu une réponse convaincante, a rappelé le docteur Perreault. Quand on a un lymphome, c’est souvent généralisé, donc il y a du lymphome dans plusieurs endroits dans le corps. Quand ils ont injecté leur cocktail moléculaire dans un ganglion, ils ont vu des ganglions ailleurs dans le corps régresser, trois fois sur 11. Je trouve ça convaincant.»

La tactique s’est révélée si efficace auprès de patients atteints d’un lymphome avancé qu’elle est maintenant mise à l’essai chez des patients atteints d’un cancer du sein ou d’un cancer de la tête et du cou.

Le docteur Perreault appelle à la prudence à ce sujet. Il souligne que les ganglions lymphatiques où se trouvaient les tumeurs sont le «lieu d’hébergement et de transit favori» des cellules dendritiques, ce qui a possiblement facilité leur mobilisation.

«Maintenant, une tumeur qui n’est pas un lymphome, un cancer du poumon, un cancer du rein par exemple, ce n’est pas un lieu de transit ou d’hébergement des cellules dendritiques, a-t-il expliqué. Alors est-ce que l’injection de leur cocktail moléculaire sera capable malgré ça d’attirer des cellules dendritiques dans des endroits qui ne sont pas des sites qu’elles visitent normalement? C’est la grande question.

«Pour les lymphomes, je suis très excité de suivre les développements de leur cocktail moléculaire, je trouve ça super intéressant. Pour les autres tumeurs, je pense qu’il faut malheureusement être patient et voir si des résultats analogues peuvent être obtenus.»

Les conclusions de cette étude sont publiées par le journal médical Nature Medicine.

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