Des chercheurs ontariens font une découverte sur la résistance des bactéries

Des chercheurs ontariens disent avoir découvert comment les bactéries deviennent résistantes aux antibiotiques, une avancée qui pourrait selon eux aider à combattre ce problème grandissant.

Maikel Rheinstädter, professeur de physique à l’Université McMaster à Hamilton, et Andree Khondker, étudiant au baccalauréat en biochimie, disent avoir découvert que les bactéries combattent les antibiotiques en rigidifiant la paroi de leurs cellules et en modifiant sa charge électrique, devenant ainsi une cible moins attrayante pour les médicaments.

Une technique développée par les chercheurs a permis de voir comment les antibiotiques tentent de percer les cellules bactériennes, a expliqué M. Rheinstädter, dont la recherche a été publiée récemment dans le magazine «Nature Communications Biology».

L’équipe s’est concentrée sur la polymyxine B, un antibiotique utilisé lorsque tous les autres antibiotiques ont échoué. Il y a quelques années, des chercheurs chinois ont découvert un gène qui permet à certaines bactéries de devenir résistantes à ce puissant médicament.

Le gros problème est que les médicaments prescrits sont en voie de devenir de moins en moins efficaces parce que les bactéries deviennent de plus en plus résistantes, a expliqué M. Rheinstädter, l’auteur principal de l’étude.

Les chercheurs ont utilisé l’imagerie par rayons X en parallèle avec des simulations informatiques pour obtenir une résolution de niveau moléculaire, afin de voir comment la polymyxine B interagit avec les bactéries résistantes aux antibiotiques. Leur technique leur a permis d’observer les bactéries à une résolution au millionième de la taille d’un cheveu humain.

Ils ont abordé le problème dans une perspective physique, en utilisant des techniques souvent utilisées dans la recherche sur les matériaux, a-t-il déclaré.

«L’idée que nous avions était de traiter toutes les maladies et les bactéries de manière distincte. Nous avons donc essayé le contraire: de voir s’il existe des propriétés communes à toutes les bactéries, s’il existe un mécanisme général de résistance à cette bactérie auquel on pourrait s’attaquer», a expliqué M. Rheinstädter

Les cellules bactériennes ont une membrane autour d’elles, qui est souvent chargée négativement, a souligné le chercheur. De nombreux antibiotiques ont une légère charge positive, ce qui les attire vers la membrane souple.

«Les antibiotiques pénètrent dans cette membrane et poignardent la cellule à mort, a illustré M. Rheinstädter. Mais les bactéries ont trouvé un mécanisme pour réduire leur charge, ce qui les rend moins attractives pour les antibiotiques, et elles ont rendu leurs membranes plus résistantes.»

«Pour le médicament, c’est comme passer de couper du Jello à couper à travers le roc.»

Cette découverte permettra aux chercheurs de concevoir des médicaments pour mieux contourner de telles défenses, a indiqué le spécialiste.

«Nous pensons également que nous pouvons l’utiliser pour filtrer d’éventuels candidats antibiotiques, a-t-il ajouté. Si les chercheurs proposent de nouvelles idées, nous pourrons rapidement les tester si elles fonctionnent.»

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la résistance aux antibiotiques est actuellement l’une des plus grandes menaces pour la santé mondiale, la sécurité alimentaire et le développement, le problème s’aggravant dans le monde entier.

Environ 700 000 personnes succombent chaque année à des maladies liées à la pharmacorésistance et ce nombre devrait augmenter dans les années à venir, a déclaré l’OMS.

«Vous pourriez vraiment être en danger si vous vous faites arracher les dents et que vous contractez l’une de ces infections, vous pourriez en mourir», a prévenu M. Rheinstädter.

«C’est ce qui s’est passé il y a 100 ans. Ces temps pourraient revenir si nous ne trouvons pas de solution.»