Des chercheurs québécois ont percé une partie du mystère du lupus

MONTRÉAL — Des chercheurs québécois ont percé une partie du mystère du lupus, une douloureuse maladie auto-immune qui frappe en grande majorité les femmes.

Le chercheur Éric Boilard et ses collègues ont ainsi découvert que le système immunitaire attaque de l’ADN qui provient des plaquettes qui servent normalement à la coagulation.

Cet «ADN libre» flotte dans le sang, et quand il est attaqué par le système immunitaire, cela mène à la formation de complexes antigènes-anticorps qui s’accumulent dans les tissus où s’exprime la maladie.

«Il y a beaucoup de recherches à travers le monde pour comprendre d’où il vient cet ADN-là, pourquoi on retrouve de l’ADN en dehors des cellules», a dit M. Boilard, qui est professeur à la Faculté de médecine de l’Université Laval et chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval.

«Ça ne devrait pas être là; l’ADN, c’est dans un noyau, dans une cellule. Si on pouvait comprendre d’où il vient, comment il sort, on pourrait développer des thérapeutiques qui viseraient à empêcher ce phémonène-là.»

Toute l’attention était logiquement dirigée vers les cellules qui ont un noyau et de l’ADN, et personne ne s’intéressait vraiment aux plaquettes.

Même si le sang contient beaucoup de plaquettes, et même si les plaquettes sont activées pendant le lupus, comme elles n’ont pas de noyau qui contienne de l’ADN, personne ne les soupçonnait d’être à l’origine de l’ADN qui était attaqué par le système immunitaire, a ajouté M. Boilard.

«On avait observé lors de tests en laboratoire que les plaquettes pouvaient libérer de l’ADN qui provient non pas du noyau, mais qui provient des mitochondries, une machinerie qui sert à produire de l’énergie dans toutes nos cellules, a-t-il précisé. Ces mitochondries-là ont leur propre matériel génétique.»

Les chercheurs ont ensuite constaté que, dans leur cohorte de patients, les plaquettes étaient la principale source d’ADN.

De plus, la plus grande partie de cet ADN se trouvait encore à l’intérieur des mitochondries. L’organisme produit donc des anticorps contre les mitochondries et contre l’ADN mitochondrial qu’il considère tous les deux comme des corps étrangers.

L’oeuf ou la poule

Les chercheurs veulent maintenant savoir si l’activation des plaquettes joue un rôle dans l’apparition de la maladie, ou si les plaquettes s’activent une fois la maladie installée.

«Ce n’est pas une question à laquelle il est facile de répondre, a admis M. Boilard. On ne voit pas tous les jours des patients qui viennent tout juste d’apprendre qu’ils sont atteints de la maladie.»

Une vaste étude internationale qui regroupe des milliers de patients atteints du lupus pourrait toutefois apporter des réponses. Les participants ont fourni des échantillons dès le début de la maladie et ils continueront à le faire toute leur vie, ce qui permettra d’étudier l’évolution de leur état de santé.

«C’est ce type de cohorte-là qui peut le mieux nous aider en allant étudier ce qui s’est passé au tout début de la maladie, a dit M. Boilard. Est-ce que les plaquettes étaient déjà activées, ou si c’est quelque chose qui arrive plus tard?»

Pour le moment, la découverte des chercheurs québécois ouvre de nouvelles pistes thérapeutiques dans le traitement du lupus.

Lorsque vient le temps de combattre une maladie auto-immune, les médecins utilisent évidemment des médicaments qui visent à bloquer l’activité des cellules immunitaires.

La nouvelle étude met toutefois en lumière le rôle insoupçonné des plaquettes, qui ne sont habituellement pas ciblées par ces médicaments.

«On cherche à savoir qu’est-ce qu’on peut bloquer sur la plaquette qui va bloquer son rôle d’inflammation ou d’immunologie, sans prévenir le rôle dont on a besoin, c’est-à-dire de prévenir les saignements», a conclu M. Boilard.

Le lupus frappe environ 40 personnes sur 100 000, souvent entre 20 et 40 ans, et sa prévalence est neuf fois plus élevée chez les femmes. La maladie cause une inflammation chronique de différentes parties du corps, notamment les articulations, la peau, le cerveau et les reins.

Les détails de cette étude ont été publiés dans la revue Science Translational Medicine.

Laisser un commentaire