Des clients aux cheveux longs envahissent les salons de coiffure

MONTRÉAL — L’un des meilleurs indicateurs de la durée du confinement est la longueur des cheveux de ceux qui n’ont pas risqué une coupe maison. Plusieurs personnes de la région de Montréal se sont donc précipitées vers les salons de coiffure, lundi, lors de leur réouverture.

«Beaucoup de personnes ont les cheveux longs! Les gars attendaient», a noté Dominique Perrazino, mieux connu sous le nom de Ménick, célèbre barbier du salon de la rue Masson, dans le quartier du Plateau—Mont-Royal, depuis 1959.

«On se disait « ça va reprendre, ça va reprendre », mais ça ne reprenait pas. Là, nous pouvions rouvrir aujourd’hui (lundi). Tout le monde est heureux. Les employés sont contents. Tout se passe dans la convivialité et l’harmonie.»

Parmi les célèbres clients qui n’ont pas perdu de temps pour passer sous le rasoir et les ciseaux de Ménick lundi matin, il y a les ex-joueurs du Canadien Guy Lafleur et Réjean Houle. L’ancien maire de Montréal Denis Coderre est aussi allé faire un tour.

Ils ont toutefois dû changer certaines de leurs habitudes, tout comme les employés.

«D’habitude, c’est bruyant. Là, les gens parlent moins parce qu’ils doivent rester à deux mètres les uns des autres et personne ne se donne la main», a noté Ménick lors d’un entretien téléphonique avec La Presse canadienne.

«Avant ici, il y avait sept, huit ou dix personnes qui attendaient dehors. C’était juste du « walk-in ». Là c’est juste des réservations, a-t-il ajouté. On s’habitue à ça. On n’a pas le choix parce qu’on ne peut pas mettre plus de deux personnes en attente.»

Comme la plupart des commerces, les salons de coiffure ont aussi dû s’adapter à la nouvelle réalité de la vie malgré la COVID-19. Des panneaux de plexiglas ont été installés entre les postes de travail et les employés doivent aussi se protéger avec de l’équipement de protection individuelle.

«Nous avons préféré y aller avec un poste de travail sur deux et nous avons réservé une heure par client plutôt que 45 minutes», a indiqué Stéphane Roy, copropriétaire du salon Oblic de la rue Fleury, dans le quartier Ahuntsic.

«Les coiffeurs travaillent avec des masques. Nous avons fait une journée de pratique avant l’ouverture et ils ont pu faire des tests. La règle dit que les coiffeurs doivent aussi porter une visière ou des lunettes de protection. Dans notre cas, environ les trois quarts ont préféré les lunettes parce qu’il y avait un reflet avec la visière et que c’était plus chaud à porter.»

Des frais supplémentaires

Comme de nombreux propriétaires de salons de coiffure à travers la province ont dû le faire, Ménick a aussi modifié ses tarifs en raison des frais supplémentaires liés au respect des mesures sanitaires. Le prix d’une coupe est passé de 21 $ à 30 $.

«Je n’ai pas encore payé la facture, je n’ai fait qu’appeler les fournisseurs, mais j’ai été surpris de voir à quel point le coût est effrayant, a admis Ménick. Je n’imaginais pas que ce serait comme ça, mais on n’a pas le choix.»

Du côté d’Oblic, les prix ont bondi de 10 %, mais M. Roy a affirmé que seulement une poignée des clients de cinq franchises de la chaîne s’étaient plaints.

«Pour nos cinq salons, nous avons dépensé 5000 $ pour les panneaux de plexiglas et environ 800 $ en quincaillerie pour les installer, a indiqué M. Roy. Pour les bannières qui demandent de respecter les deux mètres, ça nous a coûté environ 1000 $ juste pour ça. Nous avons également dû acheter des galons et des galons de désinfectant pour se laver les mains et nettoyer les postes entre chaque client.

«La plupart des coiffeurs fonctionnent avec un salaire de base et une commission, a-t-il ajouté. Si nous avons moins de clients, cela affecte financièrement le salon et le coiffeur. En augmentant les prix de nos services, nous aidons le salon et les coiffeurs.»

Ce n’est toutefois pas cette hausse des coûts qui fera rebrousser chemin aux clients à la barbe hirsute et aux cheveux longs ou encore les personnes avec des repousses grises de plusieurs centimètres.

«Nous avons beaucoup de clientes qui nous ont dit que leur mari avait fait leur coloration, a raconté M. Roy. Je pense qu’il y a plusieurs maris qui sont contents que les salons soient rouverts! Il y en a qui nous disent en riant qu’ils n’allaient pas nous voler nos emplois!»

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