Des constructeurs d’autobus scolaires lancent une attaque en règle contre Québec

MONTRÉAL — «Très grande iniquité», «incompréhensible» et «impacts négatifs, catastrophiques»: les principaux constructeurs et concessionnaires d’autobus scolaires du Québec ne mâchaient pas leurs mots, mardi, en accusant le gouvernement Legault de favoriser injustement Lion Électrique, une entreprise des Laurentides, avec son nouveau programme de subvention d’autobus scolaires électriques.

C’est une attaque en règle qu’ont livrée le maire de Drummondville et des dirigeants d’Autobus Girardin et d’Autobus Thomas, les deux principaux joueurs du marché des autobus scolaires au Québec, lors d’une conférence de presse depuis la salle du conseil de la municipalité du Centre-du-Québec.

«D’un seul coup, un concessionnaire de Saint-Jérôme qui détient actuellement 1 % des parts de marché se voit attribuer sur un plateau d’argent 80 % du marché, et ce, sans efforts», a dénoncé Michel Daneault, un vice-président d’Autobus Girardin.

Le gouvernement Legault a annoncé à la fin avril une modification à un règlement afin d’octroyer une subvention pouvant aller jusqu’à 150 000 $ pour chaque autobus scolaire entièrement électrique acheté et assemblé au Québec. L’objectif est de créer un incitatif pour atteindre sa cible d’électrification de 65 % des autobus scolaires du parc québécois d’ici 2030.

Selon M. Daneault, Québec «a décidé» de créer «un monopole» en «éliminant d’un seul coup la libre concurrence». Le nouveau règlement, a-t-il dit, représente un «favoritisme évident» ayant pour conséquence de «diriger les achats chez un seul concessionnaire, un concessionnaire, je vous le rappelle, lourdement subventionné par l’État».

Son entreprise trouve aberrant que l’industrie du transport scolaire ait «60 jours» pour faire la transition vers le 100 % électrique alors que l’industrie automobile dispose de «15 ans».

Autobus Thomas, une autre entreprise qui vend notamment des autobus électriques qui ne sont pas construits au Québec, réclame aussi que Québec presse sur le frein et retire les restrictions de son plan d’électrification afin d’ouvrir le marché à tous les joueurs du secteur.

«Notre virage électrique est entrepris depuis plusieurs années, a déclaré la vice-présidente Véronique Dubé. Il est innovant. Il devrait réellement s’inscrire dans le programme québécois.»

Mme Dubé estime aussi que le gouvernement fait un pari risqué en mettant tout le «fardeau d’électrification à un seul joueur qui est en démarrage».

Déshabiller Pierre pour habiller Paul

Drummondville est «la capitale de l’autobus scolaire au Québec», a noté son maire, Alain Carrier, avant d’entamer une séance durant laquelle il a abondamment déchiré sa chemise.

«On ne parle pas de création d’emplois, a-t-il lancé, mais de déplacement d’emplois, (ce) qui est clairement inéquitable.»

Bien que les visées du programme soient «louables», il va causer «des dommages collatéraux irréparables» aux deux entreprises de sa ville qui occupent 80 % du marché et qui embauchent au total près de 650 personnes. Toutes deux ont été écartées des discussions, ce qui est «à n’y rien comprendre», a-t-il pesté.

Le maire a aussi dit craindre que les concessionnaires se retrouvent avec des dizaines de millions de dollars en inventaire d’autobus scolaires au diésel sur les bras si la date d’entrée en vigueur du nouveau règlement n’est pas repoussée.

«Il y a tu quelqu’un qui n’a pas compris quelque chose dans l’organisation de la CAQ à savoir que ça ne se fait pas, a-t-il déclaré, visiblement exaspéré. Tu ne peux pas du jour au lendemain dire à quelqu’un qui a un inventaire dans sa cour que tu ne pourras pas vendre ce produit-là.»

Québec ne bouge pas d’un iota

Le gouvernement est «sensible» aux enjeux soulevés par les distributeurs d’autobus scolaires québécois, a affirmé Florence Plourde, une porte-parole du ministre des Transports, François Bonnardel.

Il faudra cependant que les entreprises qui souhaitent contribuer à l’instauration de la filière électrique d’autobus scolaire respectent les critères du programme afin d’être «accompagnées» par l’État québécois.

Le secteur du transport étant responsable de 45 % des émissions de GES, Québec estime qu’il doit «poser des gestes forts afin de réduire de façon significative ces émissions», a mentionné Mme Plourde.

Les deux entreprises n’ont pas voulu dire à quel point des emplois seraient menacés advenant que le gouvernement poursuive sa route comme il l’a entreprise. Autobus Thomas a indiqué craindre pour la «pérennité» de l’entreprise et Autobus Girardin a expliqué être à évaluer le nombre de pertes d’emplois.

Questionné à savoir s’il envisagerait d’assembler des autobus scolaires électriques dans son usine du Québec, le représentant d’Autobus Girardin a indiqué être en discussions avec son fournisseur américain Blue Bird et avoir réclamé des précisions au gouvernement sur la définition d’un assemblage canadien.

Un tel ajustement ne serait toutefois «pas réalisable à court terme», puisque ces projets «s’étirent sur des années» et que «ce n’est pas dans les priorités».

Une contestation du programme devant des tribunaux commerciaux est-elle envisagée? «Actuellement, on a des vérifications auprès d’avocats spécialisés dans les droits commerciaux», a répondu M. Dussault lors d’une conversation avec La Presse Canadienne. Les discussions avec le ministère demeurent la façon de faire privilégiée à ce stade.

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