Des cosmétiques contiennent des concentrations élevées de PFAS

MONTRÉAL — De nombreux produits cosmétiques ou de soins personnels disponibles au Canada contiennent des concentrations élevées de PFAS qui, dans au moins un cas, excèdent largement la réglementation canadienne, démontre une étude à laquelle a participé un chercheur de l’Université de Montréal.

L’équipe de recherche de l’Université Carleton et de l’Université de Montréal a également constaté que ces substances ne figurent pas nécessairement dans la liste des ingrédients de certains cosmétiques et produits de soins personnels, même si ces derniers sont étiquetés comme contenant des composants fluorés.

Une étude récente avait révélé que des cosmétiques vendus aux États-Unis et au Canada contenaient encore des PFAS, mais on ne savait pas si ces composés se trouvaient aussi dans les produits de soins personnels comme les crèmes, les nettoyants pour le corps, les shampoings et les crèmes à raser.

«On voit des traces dans à peu près tout ce qu’on mesure, a résumé le professeur Sébastien Sauvé, du département de chimie de l’Université de Montréal. Mais il y a certains produits qui en contenaient vraiment beaucoup. C’est vraiment ce qui nous a étonnés.»

Les PFAS sont un groupe de produits chimiques dont les propriétés peuvent rendre les produits résistants à l’eau, à l’huile ou aux changements de température, ou encore réduire la friction. On les retrouve dans une multitude d’objets courants, des instruments de cuisines non adhésifs aux mousses ignifuges en passant par les tissus résistants aux taches.

Dans le cas des cosmétiques et des produits de soins personnels, ils sont notamment utilisés pour rendre les produits lisses, mousseux et hydrofuges.

«Dans les propriétés des PFAS qui sont recherchées, il y a souvent des aspects hydrofuges ou résistants à l’eau, a dit le professeur Sauvé. Et clairement ça pose problème dans certains des produits où on a des concentrations très, très élevées.»

La professeure Amy Rand, de l’Université Carleton, et ses collègues se sont procuré une quarantaine de produits de beauté de marques connues vendus dans les commerces canadiens et en ligne qui contenaient des composés organofluorés.

En les analysant à la recherche de types plus anciens de PFAS, ils ont constaté que tous les produits présentaient des niveaux mesurables de PFAS, mais certains des composés décelés n’étaient pas répertoriés dans les ingrédients. Les niveaux mesurés dans les produits de soins personnels étaient généralement plus faibles que dans les cosmétiques.

Deux fonds de teint étiquetés avec des termes analogues à «hydrofuge» avaient des niveaux élevés de PFAS. Dans l’un d’entre eux, ces composés se comptaient même par milliers de parties par million, un niveau qui dépasse la réglementation canadienne proposée sur les PFAS.

«Les gens qui vont utiliser ça vont avoir une exposition aux PFAS qui va être très élevée, a souligné le professeur Sauvé. C’est une exposition qui est très significative. Et on peut présumer que certaines personnes vont utiliser ces produits de manière routinière. Et contrairement à d’autres produits, c’est avec le fond de teint qu’on va recouvrir la plus grande partie du visage. C’est une mauvaise combinaison.»

Les PFAS ont été associés à différents problèmes de santé humaine. Les données scientifiques les plus solides concernent un possible risque accru de diminution de la réponse immunitaire; de taux de cholestérol élevés chez les enfants et les adultes; de problèmes de croissance chez les fœtus et les bambins; et de cancer du rein chez l’adulte.

La fabrication, l’utilisation et la vente de la très grande majorité des PFAS sont interdites dans plusieurs pays, dont le Canada, depuis plusieurs années, mais des exceptions persistent. Les produits utilisés pour les remplacer inquiètent aussi les chercheurs.

«Les alternatives ont des structures chimiques qui sont très similaires, a rappelé le professeur Sauvé. La toxicologie et les impacts ne sont pas tous documentés, mais on peut présumer que comme la molécule est très comparable, que la toxicité et les effets sur la santé seront aussi comparables, même si on n’a pas toutes les informations.»

La nature même de la plupart des PFAS les empêche de se dégrader au fil du temps, ce qui signifie qu’ils peuvent perdurer dans l’environnement pendant des décennies.

Et bonne chance aux consommateurs qui se demandent comment ils peuvent se protéger.

«Même moi qui suis un expert, je ne suis pas convaincu de comment faire, a admis le professeur Sauvé. La présence de ces molécules est sournoise et il n’y a pas de grande transparence. C’est très difficile d’être rassuré et d’être certain.»

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal scientifique Environmental Science & Technology.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.