Des créateurs montréalais poursuivent Marvel pour violation du droit d’auteur

MONTRÉAL — Lorsque les fondateurs de la compagnie montréalaise Horizon Comics Productions Ben et Raymond Lai ont regardé le film de Marvel «Avengers: Infinity War» («Avengers: la guerre de l’infini»), paru en 2018, ils ont su qu’ils devraient poursuivre Marvel Entertainment… encore une fois.

Les frères Lai affirment que l’armure portée par Iron Man dans le film est trop semblable à la tenue de Maxwell, un personnage qu’ils ont développé pour leur série de bandes dessinées «Radix», au début des années 2000.

«Après des années de différends juridiques et des sommes importantes, ils continuent de copier nos personnages», a dit Raymond Lai dans une déclaration à La Presse canadienne. «Cela nous cause des dommages importants et a un impact sur notre capacité à gagner notre vie en tant qu’artistes. De toute évidence, ce comportement répété ne peut être accepté. »

Les frères avaient poursuivi Marvel Entertainment et son propriétaire, The Walt Disney Company, en 2013. Ils affirmaient que la tenue portée par Iron Man dans une affiche pour «Iron Man 3», de Marvel, ressemblait trop à un costume d’un autre personnage de «Radix», Caliban. Les frères ont cependant perdu cette bataille juridique.

Ben et Raymond Lai disent que Marvel a de nouveau copié leurs créations. Et leurs avocats estiment qu’ils ont une chance, parce que les affirmations des deux frères impliquent de nouveaux costumes de Marvel dans différents films de Marvel.

Le 22 avril, les avocats de la société de bande dessinée montréalaise ont déposé une requête en Cour supérieure du Québec contre Marvel Entertainment et Disney pour violation présumée du droit d’auteur. Ils avancent que les personnages d’Ant-Man, de Wasp et d’Iron Man ont une armure corporelle étonnamment semblable aux vêtements qu’ils ont créés pour leurs superhéros.

Les plaignants intentent une action en dommages-intérêts compensatoires dont le montant n’a pas encore été divulgué, et ils demandent au tribunal d’émettre une injonction permanente contre Marvel et Disney pour «mettre fin à cette violation délibérée et persistante», selon le procès.

Plusieurs demandes d’entrevue adressées à Marvel et Disney sont restées sans réponse. Les allégations des frères Lai n’ont pas été prouvées devant les tribunaux.

Julie Desrosiers du cabinet Fasken Martineau DuMoulin, qui représente les frères, dit que les similitudes présumées entre le travail de ses clients et les personnages de Marvel causent beaucoup de maux de tête. Elle a dit que lorsque Ben et Raymond Lai présentent leur travail au public, les gens pensent souvent qu’ils ont copié Marvel.

«C’est plutôt l’inverse», a-t-elle affirmé dans une récente entrevue.

Les frères ont créé leur compagnie de bandes dessinées en 1995. En 2001 et 2002, ils ont publié une série de bandes dessinées en trois volumes appelée «Radix».

«C’est avec “Radix” que nous nous sommes fait connaître et que notre travail a été reconnu dans l’industrie américaine de la bande dessinée», a dit Raymond Lai dans sa déclaration. «Nous nous sommes fait un nom.»

Vers mars 2002, le rédacteur en chef de Marvel, Chester Bror Cebulski, a approché les frères Lai pour leurs designs uniques et très futuristes — mais ils ont refusé l’offre, selon la poursuite.

La poursuite a indiqué qu’à peu près au même moment, le Massachusetts Institute of Technology a copié des illustrations de la série «Radix» pour une subvention de recherche de 50 millions $ afin de créer ce qui est maintenant l’Institute for Soldier Nanotechnologies.

Le MIT a cependant présenté des excuses publiques aux frères Lai, reconnaissant l’utilisation non autorisée d’images, selon la poursuite.

«Nous avons décidé de ne pas intenter de poursuites judiciaires contre le MIT parce qu’ils se sont excusés publiquement et ont admis leur erreur», a écrit Raymond Lai. «Mais avec Marvel, c’est une infraction répétée.»

La compagnie des deux frères a gagné en notoriété avec la controverse du MIT et a de nouveau été approchée par Marvel. En septembre 2002, les frères ont accepté de faire partie d’une nouvelle équipe créative et ont travaillé pour les bandes dessinées «Thor» et «X-Men» de Marvel, selon la poursuite.

Dans la cause des frères qui a échoué en 2013 contre Marvel, le juge Paul Oetken du tribunal de district des États-Unis pour le district sud de New York a conclu qu’il n’y avait pas d’infraction en raison des «traits distinctifs entre les personnages».

Mais selon la nouvelle poursuite, les traits distinctifs précédemment identifiés pour justifier le rejet des revendications des frères n’existent plus dans les nouvelles tenues de superhéros créées par Marvel. La poursuite allègue que «plusieurs similitudes frappantes existent entre le nouveau costume d’Iron Man représenté dans “Infinity War” et le costume porté par le personnage de Maxwell dans “Radix”.»

«En résumé, non seulement les traits distinctifs soulevés par le juge Oetken dans la procédure américaine ne sont plus présents dans le costume d’“Infinity War”, mais plusieurs autres caractéristiques remarquablement semblables à la combinaison de “Radix” ont été ajoutées.»

Les frères disent que Marvel et Disney créent «délibérément» des costumes qui ressemblent à leur personnage de «Radix», «sachant que les moyens d’Horizon de défendre ses droits d’auteur sont peu élevés».

«Ce comportement est oppressif, malveillant et hautement répréhensible», indique la poursuite.

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