Des cultures en conteneurs pour améliorer la sécurité alimentaire au Nunavut

Betty Kogvik doit occuper l’un des emplois les plus inhabituels de tout le Nunavut. Dans un territoire de roches nues et de toundra, elle est jardinière.

«Je n’avais jamais cultivé de plantes auparavant dans ma vie», a-t-elle confié depuis sa maison de Gjoa Haven, au-dessus du cercle arctique. «C’est tellement relaxant.»

Mme Kogvik et son mari, Sammy, aident à gérer Naurvik, un projet financé conjointement par le gouvernement fédéral et l’organisme Arctic Research Foundation. Naurvik — «lieu de croissance» en inuktitut — se compose de deux conteneurs maritimes convertis en serres pour faire pousser des légumes qui, espèrent les promoteurs, aideront à réduire les coûts alimentaires dans le Nord.

«L’idée est de travailler avec la communauté et de former des techniciens locaux aux différentes manières de faire de la culture dans ce système», a affirmé le directeur de la fondation, Adrian Schimnowski.

Le projet touche également des questions qui dépassent l’environnement terrestre. L’un des partenaires du programme est l’Agence spatiale canadienne, qui s’en sert pour étudier comment les aliments peuvent être cultivés dans de telles conditions et comment favoriser le travail d’équipe dans ces situations.

«Comment les gens peuvent-ils travailler dans un petit environnement très restreint, produire de la nourriture, vivre et interagir les uns avec les autres?», s’interroge M. Schimnowski.

Pour l’instant, Naurvik se limite à deux conteneurs maritimes sans fenêtre équipés de cultures hydroponiques et de lumières à spectre complet.

Avec une éolienne et un panneau solaire, le projet est alimenté aux trois quarts en électricité renouvelable, même pendant la nuit arctique. M. Schimnowski a affirmé qu’il s’agira à 100 % d’énergie renouvelable lorsque les jours s’allongeront.

Des laitues et des tomates

L’approvisionnement en aliments frais dans le Grand Nord est un problème depuis longtemps. Beaucoup d’aliments doivent être transportés par avion, ce qui les rend dispendieux et moins frais.

Naurvik est un pas vers la résolution de ce problème. Le programme a déjà eu deux récoltes de laitue, qui ont été livrées à des doyens de la communauté.

«Ils étaient tellement heureux et excités, a souligné Mme Kogvik. Ils ont dit que les aliments étaient si frais. Ils les ont vraiment appréciés.»

Une récolte de tomates cerises est en route dans environ deux semaines, a-t-elle ajouté.

C’est un petit début, a souligné M. Schimnowski.

Les conteneurs maritimes sont disponibles en grande quantité dans le Nord. Naurvik utilise beaucoup de matériaux locaux récupérés.

Une fois l’implantation complétée, le programme pourrait facilement être étendu et institué ailleurs. Cela pourrait apporter une réelle contribution à la sécurité alimentaire, a fait valoir M. Schimnowski.

«Le potentiel est là et il est bien accueilli par la communauté. Il s’agit d’adaptabilité. Nous pourrions très prochainement en faire plus», a-t-il affirmé. «Gjoa Haven est l’un de ces endroits où les gens sont ouverts à de nouvelles idées.»

Jusqu’à présent, le programme a coûté environ 800 000 $.

Les aînés sont également consultés sur les types d’aliments à cultiver. Les bleuets et les ronces petits-mûriers, deux cultures traditionnelles, viennent en tête de liste. Tout comme les plantes utilisées pour les thés et les médicaments traditionnels.

M. Schimnowski a déclaré que le projet Gjoa Haven devrait être pleinement fonctionnel d’ici 2025. Quatre personnes à Gjoa Haven s’occupent désormais du programme.

M. Schimnowski a souligné que le projet est un exemple de recherche nordique qui répond aux besoins de la communauté et implique les populations locales à la fois dans sa conception et sa gestion.

Pour Mme Kogvik, le souvenir de cette première récolte de laitue est suffisant pour la garder au jardin. «C’était tellement croquant, a-t-elle dit. Vraiment frais et savoureux.»

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