Des députés s’inquiètent de l’attrait des petits réacteurs nucléaires à Ottawa

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau insiste sur le fait que le Canada est «très sérieux» quant au développement du nucléaire à travers le pays pour répondre aux besoins croissants en énergie, mais certains députés, dont une libérale, préviennent que cette technologie pourrait être coûteuse et inefficace.

Le gouvernement fédéral a commencé en 2018 à explorer activement la technologie des petits réacteurs modulaires. Deux ans plus tard, il a publié un plan d’action qui les décrivait comme une «technologie émergente et prometteuse qui pourrait débloquer un éventail d’avantages — économiques, géopolitiques, sociaux et environnementaux».

Les petits réacteurs modulaires (PRM) utilisent une technologie similaire aux centrales nucléaires traditionnelles, mais sont beaucoup plus petits et peuvent être préfabriqués à un endroit puis déplacés là où ils seront utilisés.

Ils produisent suffisamment d’électricité pour un maximum d’environ 300 000 foyers, alors qu’une centrale traditionnelle produit plus du double.

Le gouvernement les considère comme un élément essentiel de sa capacité à répondre aux demandes futures d’électricité et à atteindre ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Lors d’une annonce post-budgétaire en Colombie-Britannique, plus tôt ce mois-ci, M. Trudeau a affirmé que le nucléaire était sur la table à Ottawa — «absolument».

Il a réitéré sa position lundi, lors d’une visite à l’Université d’Ottawa, disant à l’auditoire que le gouvernement était «très, très sérieux» dans un retour au nucléaire, et qu’il «investissait dans certains des petits réacteurs modulaires».

«Nous allons devoir faire beaucoup plus de nucléaire au cours des prochaines décennies», a-t-il soutenu.

Mais la cheffe des Verts, Elizabeth May, a déclaré que d’autres sources d’énergie renouvelables coûtaient maintenant moins chères, et qu’il n’y a donc pas vraiment de raison pour que le Canada étende sa capacité sur cette technologie, qui, selon elle, est poussée par de puissants lobbyistes.

«Il n’y aurait aucun intérêt pour les petits réacteurs modulaires s’il n’y avait pas le lobby pronucléaire, a-t-elle soutenu. Ce n’est pas basé sur des données probantes.»

La députée libérale Jenica Atwin, qui a été élue pour la première fois en 2019 sous la bannière verte, mais qui est passée aux libéraux en 2021, est d’accord avec Mme May. Elle a déclaré que c’était là son opinion personnelle, mais qu’elle était responsable de faire entendre la voix de ses électeurs à Ottawa.

Nécessaire, soutient Guilbeault

Le ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, un ancien militant écologiste, a reconnu mardi que par le passé, il n’avait «pas été la personne qui avait le plus soutenu le développement de l’énergie nucléaire».

Mais il estime maintenant que cette technologie est nécessaire pour maintenir le réchauffement climatique le plus près possible de 1,5 °C au-dessus des températures préindustrielles.

«Quand vous regardez ce que disent des experts internationaux comme l’Agence internationale de l’énergie ou le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), ils disent que nous avons besoin de cette technologie pour empêcher les températures mondiales d’atteindre 1,5 °C, pour atteindre nos objectifs de carboneutralité.»

L’Agence internationale de l’énergie affirme que les sources renouvelables, telles que l’éolien et le solaire, «mèneront la poussée pour remplacer les combustibles fossiles», mais le nucléaire peut contribuer dans les pays où il jouit d’une acceptabilité sociale.

Le dernier rapport du GIEC indique que la facture de l’énergie nucléaire a augmenté en raison des coûts de construction et des retards de projet, mais convient qu’il s’agit d’une option stratégique pour certains pays qui tentent de réduire leurs émissions de GES.

Quatre centrales nucléaires génèrent environ 15 % du réseau électrique du Canada aujourd’hui, principalement en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Au fur et à mesure que ces installations vieillissent, une plus grande attention est accordée au potentiel des réacteurs plus petits et plus portables.

Technologie balbutiante

Alors qu’une poignée de petits réacteurs modulaires sont en développement ou en construction dans le monde, ils ne sont pas une source de production d’électricité largement utilisée sur la planète.

Susan O’Donnell, professeure auxiliaire à l’Université du Nouveau-Brunswick et porte-parole de la Coalition pour le développement énergétique responsable, estime même que ces petits réacteurs modulaires «n’existent pas» encore.

«Ils n’ont pas encore été construits, et l’une des raisons pour lesquelles nous sommes ici aujourd’hui est qu’ils constituent un si mauvais investissement que l’argent du secteur privé n’y parvient pas, a-t-elle déclaré. Ils vont avoir besoin de milliards de dollars de fonds publics.»

En février, le Canada a promis 29,6 millions $ sur quatre ans pour lancer un programme visant à développer des chaînes d’approvisionnement pour les petits réacteurs modulaires et à financer la recherche sur la gestion sûre de leurs déchets radioactifs.

Électricité Canada a déclaré mardi qu’il fallait plus d’électricité pour atteindre l’objectif de carboneutralité du Canada — et que l’énergie nucléaire était nécessaire pour y parvenir.

«Les petits réacteurs modulaires sont une technologie révolutionnaire nécessaire pour électrifier le Canada, a soutenu l’organisation dans un communiqué. Ils peuvent fournir une alimentation de base stable et abordable, et soutenir l’intégration d’autres énergies renouvelables.»

Les estimations suggèrent que le Canada doit doubler ou tripler sa production d’électricité d’ici 2050 pour répondre à la demande, car de nombreuses industries s’électrifient pour réduire leurs émissions de GES.

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