Des députés solidaires appuient des citoyens qui combattent des «rénovictions»

MONTRÉAL — Le parc Lafontaine avait des allures de fête en début de soirée vendredi alors qu’il était pris d’assaut par des hordes de Montréalais bien décidés à profiter de cette chaude journée de printemps. Pourtant, un groupe de citoyens qui s’y trouvaient n’entendaient pas à rire.

Il y a une dizaine de jours, ils ont reçu un avis d’éviction les informant que des rénovations auraient lieu dans leur immeuble qui abrite 90 appartements. Or, plusieurs locataires y voient un autre cas de «rénovictions»: terme formé à partir de « rénovation » et d’« éviction » pour parler du phénomène.

Les locataires devront quitter les lieux pendant une période d’environ sept mois, soit le temps d’effectuer les travaux, mais ils s’inquiètent de voir le prix des appartements grimper à la suite des rénovations.

Ils sont également inquiets à l’idée de devoir chercher un appartement au moment où on observe une surchauffe immobilière un peu partout à travers la province.

La porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, ainsi que les députés Andrés Fontecilla et Ruba Ghazal ont pris part à cette rencontre extérieure avec les locataires du 3485 Papineau, afin de les appuyer dans leur mobilisation.

«Des miracles, on peut-tu en faire? Non! Mais du bruit on peut en faire», a clamé la députée solidaire aux citoyens de sa circonscription.

Les élus espèrent que le mouvement fera écho et parvienne à freiner les intentions du propriétaire de l’immeuble comme ce fût le cas récemment avec une librairie du Mile-End.

L’immeuble appartient d’ailleurs au même promoteur immobilier, Brandon Shiller qui détient plusieurs bâtiments commerciaux et locatifs sur Le Plateau-Mont-Royal et dans le Mile-End.

Plusieurs groupes de citoyens ont dénoncé dans les dernières semaines les stratégies de l’homme d’affaires controversé qui multiplie les «rénovictions» et les hausses de loyer jugées abusives par certains.

Des jeunes familles, des femmes enceintes, des retraités, des personnes habitant l’immeuble depuis 50 ans, tous devront partir pour le 1er juillet.

Le Manoir Lafontaine fait face au parc et offre selon ce qu’ont expliqué les citoyens présents une qualité de vie exceptionnelle.

«C’est à elle qu’il faut parler», nous dit un homme qui habite l’immeuble depuis sept ans. «Elle a la plus belle vue du monde!»

«C’est vrai, je suis au 10e et j’ai une vue extraordinaire», répond en souriant Maggie Sawyer qui a une vue imprenable sur la ville, le Mont-Royal et qui dit même apercevoir les lumières du pont Champlain de son balcon.

L’immeuble construit pour Expo 67 a d’abord été un hôtel, puis une résidence de logements luxueux. Elle y a aménagé en 1969 et s’est promis d’y finir ses jours. Pour elle, il n’est pas question de quitter «sa maison».

Sa voisine Renée Thifault n’a également pas l’intention de partir. Elle ne comprend pas comment un propriétaire peut agir de la sorte: «en pleine pandémie en plus».

«J’ai trouvé ça tellement inhumain. Le logement c’est un besoin essentiel, on ne peut pas vivre sans habiter quelque part. Ça nous prend une place pour vivre. Ils nous attaquent sur un besoin essentiel.»

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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