Des dizaines de migrants détenus périssent dans une frappe aérienne en Libye

BENGHAZI, Libye — Une frappe aérienne a touché mercredi un centre de détention pour migrants près de la capitale libyenne, faisant au moins 44 morts et des dizaines de blessés. La responsable des droits de l’homme aux Nations unies a estimé qu’il pourrait s’agir d’un crime de guerre.

Le gouvernement à Tripoli, soutenu par la communauté internationale, a imputé l’attaque aux forces associées au général rebelle Khalifa Hifter, dont l’Armée nationale libyenne mène une offensive contre les milices rivales dans la capitale.

L’attaque soulève des questions sur la politique de coopération de l’Union européenne avec les milices qui retiennent les migrants dans des centres de détention surpeuplés et sordides afin de les empêcher de traverser la Méditerranée. La plupart d’entre eux ont été interceptés par la garde côtière libyenne, financée et formée par l’UE pour endiguer le flux de migrants.

Les forces du général Hifter ont affirmé qu’elles visaient une installation militaire à proximité, et non le centre de détention.

La frappe aérienne dans le quartier de Tajoura, à l’est de Tripoli, a touché un atelier abritant des armes et des véhicules, ainsi qu’un hangar adjacent où étaient détenus environ 150 migrants, principalement des Soudanais et des Marocains, selon deux migrants qui ont parlé à l’Associated Press sous couvert de l’anonymat.

Une vidéo apparemment tournée dans le centre de détention montrait du sang et des restes humains mélangés aux débris et aux effets personnels des victimes.

L’ONU a rapporté un bilan initial de 44 morts et plus de 130 blessés. Mais les deux témoins ont déclaré à l’Associated Press que seulement trois ou quatre personnes s’en étaient sorties indemnes et qu’une vingtaine avaient été blessés. Ils ont rapporté que tous les autres migrants avaient été tués, ce qui laisse croire que le bilan final pourrait être beaucoup plus élevé.

Selon les recherches effectuées par Amnistie internationale, un entrepôt d’armes se trouvait dans le même complexe que le centre de détention.

La Haute Commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, Michelle Bachelet, a déclaré que l’attaque «pourrait, selon les circonstances, constituer un crime de guerre».

La frappe aérienne «a tué par surprise des innocents dont les conditions de vie les ont obligés à se trouver dans cet abri», a renchéri l’émissaire des Nations unies en Libye, Ghassan Salame.

Au moins 6000 migrants africains sont enfermés dans des dizaines de centres de détention en Libye dirigés par des milices accusées de torture et autres exactions.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés estime que plus de 3000 de ces migrants sont en danger parce qu’ils sont détenus près des lignes de front.