Des éditeurs veulent que Facebook et Google partagent les revenus publicitaires

OTTAWA — Des éditeurs qui représentent la majorité des journaux canadiens ont écrit une lettre ouverte au gouvernement fédéral l’exhortant de prendre des mesures immédiates pour que les géants du web comme Facebook et Google partagent leurs revenus publicitaires avec les médias canadiens.

La lettre, qui a été publiée comme une publicité dans les journaux du pays samedi, affirme que la situation est urgente, les entreprises de médias subissant d’énormes baisses de revenus publicitaires en raison de la pandémie de la COVID-19.

Les éditeurs soulignent les mesures prises récemment en Australie, où le trésorier du pays a annoncé des mesures obligatoires pour forcer les entreprises numériques comme Facebook, Google et Twitter à payer les médias pour l’utilisation de leur contenu.

Les mesures devaient être achevées d’ici novembre, mais elles sont désormais accélérées en raison de fortes baisses des revenus publicitaires causées par la COVID-19 — baisses qui ont forcé la fermeture de nombreux journaux.

Bob Cox, l’éditeur du Winnipeg Free Press et l’un des signataires de la lettre ouverte, affirme que les revenus publicitaires des journaux du Canada ont chuté de plus de 50 %, ce qui a rendu l’industrie de la presse écrite non rentable.

Il a déclaré que la subvention salariale qui fait partie du programme d’aide d’urgence de plusieurs milliards de dollars du gouvernement fédéral aidera, mais il estime que le Canada peut et devrait suivre l’exemple de l’Australie et créer des règles du jeu équitables pour l’industrie des médias en incitant les géants du web à partager les revenus publicitaires qu’ils tirent des contenus créés par des journalistes canadiens et partagés sur leurs plateformes.

Le gouvernement libéral a également lancé  une campagne de sensibilisation à la COVID-19 de 30 millions de dollars, qui a également été annoncée comme un soutien à l’industrie des médias, mais Bob Cox a noté que ces mesures sont des correctifs à court terme.

«Nous prévoyons que l’impact de la COVID-19 et la baisse de la publicité se poursuivront pendant un certain temps, au moins jusqu’en 2020 et probablement jusqu’en 2021, nous allons donc faire face à cette baisse de la publicité pendant longtemps», a-t-il déclaré.

«Nous devons regarder la situation dans son ensemble, les problèmes à plus long terme, et c’est l’un de ces problèmes à plus long terme.»

Le ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault, a déclaré le mois dernier que le gouvernement se rapprochait de la mise en œuvre des crédits d’impôt promis depuis longtemps pour les journaux afin de résoudre les problèmes de revenus dans le secteur. La plus importante de ces mesures est un crédit d’impôt qui permettra aux médias d’information qualifiés de réclamer jusqu’à 25% des salaires qu’ils versent à leurs journalistes ou à d’autres employés éligibles.

Le crédit, qui n’est pas disponible pour les diffuseurs, sera rétroactif aux salaires payés à partir du 1er janvier 2019.

Un panel chargé d’évaluer si les médias sont admissibles à ces mesures fiscales commencera à informer les premiers médias de leur qualification pour ce programme ce printemps, avec des paiements à venir cet été, a déclaré la secrétaire de presse de Steven Guilbeault, Camille Gagne-Raynauld.

«De plus, nous accélérons le traitement des candidatures à notre programme d’Aide aux éditeurs et nous prévoyons que des fonds seront versés aux destinataires retenus en juin», a-t-elle ajouté, faisant référence à un programme visant à aider les magazines imprimés et les journaux non quotidiens.

En ce qui concerne les mesures prises par l’Australie et la France qui ont fixé l’échéance au mois de juillet pour que les géants du numérique commencent à payer pour le contenu multimédia protégé par le droit d’auteur, Camille Gagne-Raynauld a déclaré que le gouvernement fédéral «suivait de près ce qui se faisait à l’étranger en ce qui concerne le soutien des médias», mais n’a pas élaboré davantage.

Bob Cox a indiqué qu’il comprenait que le gouvernement fédéral était occupé à déployer des milliards de dollars d’aide aux travailleurs et aux employeurs canadiens touchés par la pandémie tout en faisant face à une urgence de santé publique.

Mais mettre en œuvre des mesures pour faire en sorte que les géants du numérique partagent les revenus publicitaires qu’ils tirent du contenu créé par des journalistes canadiens, qu’ils mettent en évidence sur leurs plateformes, uniformiserait les règles du jeu pour l’industrie des médias au Canada, a ajouté Bob Cox.

Cela aiderait également l’industrie des médias à surmonter les effets à long terme de la pandémie et du ralentissement économique qui en découle.

«Les journaux et les médias en général ont été très, très importants pendant la pandémie de la COVID-19, ils ont informé le public, ils ont rempli leur rôle, le public leur a fait confiance pour leur fournir des informations sur cette question très importante», a indiqué Bob Cox.

«Nous pensons qu’il est temps d’établir un modèle commercial solide pour eux à l’avenir. Nous voulons être là pour la prochaine fois qu’on aura besoin de nous.»

Facebook, Google et Twitter n’ont pas immédiatement répondu à La Presse canadienne pour commenter.

Facebook a annoncé en mars qu’elle dépensait 100 millions de dollars pour soutenir l’industrie de l’information pendant la crise de la COVID-19, et Google a également une initiative Google News, dans le but de «travailler avec l’industrie de l’information pour aider le journalisme à prospérer à l’ère numérique.»

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