Des électeurs handicapés se sentent exclus du débat électoral

Amy Amantea a suivi le débat des chefs en anglais, à mi-campagne, avec l’espoir — modeste, tout de même — qu’on pourrait au moins évoquer quelques enjeux touchant les Canadiens qui, comme elle, vivent avec un handicap.

La première moitié de la campagne s’était jusque-là déroulée sans que ces enjeux soient vraiment abordés, même par le parti qui a réalisé une percée historique plus tôt cette année. Les libéraux ont tenu leur promesse de campagne de 2015 en faisant adopter la Loi canadienne sur l’accessibilité — une première au niveau fédéral.

Ottawa estime qu’un Canadien sur cinq âgé de plus de 15 ans vit avec un handicap. Amy Amantea, qui est aveugle au sens de la loi, espérait que les chefs profiteraient du débat en anglais du 7 octobre pour aborder certains des nombreux problèmes auxquels ces Canadiens sont confrontés tous les jours. Peine perdue.

Dans une entrevue téléphonique depuis Vancouver, Mme Amantea souligne que ce silence s’est poursuivi jusqu’à la dernière semaine de campagne, ce qui fait craindre le pire: si les politiciens n’en parlent même pas lorsqu’ils sollicitent des votes, imaginez après. Les militants déplorent que les partis — dans leurs plateformes ou leurs promesses — ne proposent pas de mesures spécifiques aux personnes handicapées sur des questions telles que l’infrastructure, la santé et le logement abordable.

La réponse des libéraux a été largement axée sur leurs réalisations passées. Le porte-parole du parti, Joe Pickerill, a néanmoins proposé quelques pistes pour l’avenir, notamment le doublement de la Prestation pour enfant handicapé, la création d’un fonds national, doté de 40 millions $ par an, destiné à aider les Canadiens handicapés à trouver du travail, et la simplification du processus pour que les anciens combattants obtiennent des prestations d’invalidité.

Stratégie nationale de l’autisme

Les conservateurs se sont engagés à «travailler en étroite collaboration avec la communauté des personnes handicapées pour faire en sorte que nos lois reflètent leurs réalités». Le porte-parole du parti, Simon Jefferies, a également noté que les députés conservateurs avaient tenté au Parlement de renforcer la Loi canadienne sur l’accessibilité, mais que leurs amendements avaient été rejetés par le gouvernement libéral.

En plus de promettre d’élargir l’admissibilité au crédit d’impôt pour personnes handicapées, les conservateurs ont aussi annoncé qu’ils mettraient en œuvre une stratégie nationale de l’autisme, de 50 millions $, axée sur la recherche et les services aux enfants. Le NPD et les verts ont emboîté le pas avec des propositions similaires et des fonds plus importants.

Le Parti vert n’a pas répondu à la demande de commentaires et le Parti populaire du Canada a déclaré que son programme ne comportait aucune politique relative aux personnes handicapées.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) n’a pas commenté non plus ce dossier spécifique avec La Presse canadienne. Mais dans une lettre envoyée à un groupe ontarien de défense des droits des personnes handicapées, le NPD a pris plusieurs engagements pour renforcer la Loi canadienne sur l’accessibilité.

Pas une faveur

Cette loi fédérale, souvent qualifiée d’«étape importante», a également été largement critiquée par près d’une centaine d’organisations sur le terrain, qui la jugent trop timide pour être réellement efficace. Ces critiques ont persisté même lorsque le gouvernement a accepté d’adopter des amendements proposés par le Sénat.

Le flou artistique de tous ces engagements électoraux inquiète Gabrielle Peters, écrivaine et citoyenne en fauteuil roulant. «L’approche du Canada en matière d’accessibilité, ça a été de nous faire une faveur plutôt que de nous accorder un droit que nous méritons, a déclaré Mme Peters. Maintenant que nous avons la Loi canadienne sur l’accessibilité, le grand public et le gouvernement pensent que le problème est réglé, alors que cette loi est, au mieux, le commencement.»

À l’instar de Mme Amantea, Mme Peters a été déçue par les débats des chefs, déplorant notamment l’importance qu’a prise l’aide médicale à mourir par rapport à d’autres problèmes affectant les personnes handicapées. De nombreux groupes de défense craignent que l’aide médicale à mourir ne dévalorise la vie des personnes handicapées et les expose à un risque accru.

Selon Mme Peters, cette focalisation aussi étroite illustre l’échec de tous les partis à prendre en compte ou à répondre aux besoins divers et complexes d’un groupe démographique négligé.

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