Des experts appellent à une meilleure éducation aux médias

Les jeunes Canadiens ont besoin d’un meilleur accès à une éducation à la littératie médiatique pour les aider à démêler le vrai du faux en ligne, avancent des experts.

L’essor des réseaux sociaux a conduit à la prolifération de la mésinformation et de la désinformation, qui est diffusée délibérément, explique Ghayda Hassan, psychologue clinicienne et directrice du Réseau des praticiens canadiens pour la prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent.

«En raison de la rapidité d’accès à l’information, les gens n’ont pas le temps de traiter et de valider le type d’informations qu’ils reçoivent, sur le plan cognitif, donc il y a beaucoup de biais qui interfèrent», relève la Dre Hassan, qui est également professeure à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) et co-titulaire de la Chaire UNESCO pour la prévention de la radicalisation.

«Le fait que les informations soient souvent propagées sur les réseaux sociaux par des individus que nous aimons, en qui nous avons confiance ou que nous pouvons connaître directement, leur donne plus de crédibilité», souligne-t-elle.

Et la pandémie de COVID-19 alimente présentement un climat d’instabilité, propice aux idées conspirationnistes, ajoute-t-elle, s’inquiétant que les jeunes y soient particulièrement vulnérables.

La Dre Hassan appelle à des normes plus strictes sur la façon dont les entreprises de réseaux sociaux gèrent le contenu sur leurs plateformes. L’éducation aux médias numériques doit aussi devenir une matière obligatoire, au même titre que les mathématiques, plaide-t-elle.

L’éducation aux médias figure déjà sur les cursus scolaires des provinces et territoires depuis près de 20 ans. Mais la mesure dans laquelle cette matière est réellement enseignée varie d’un endroit à l’autre, et une bonne partie de son contenu n’a pas été mis à jour pour rendre compte de la transformation du paysage médiatique depuis les années 1990, déplore Matthew Johnson, directeur de MediaSmarts, un organisme à but non lucratif établi à Ottawa.

«En théorie, n’importe qui sur YouTube peut avoir un aussi grand public qu’un réseau d’information télévisé ou qu’un dirigeant mondial», illustre-t-il.

Les outils et indicateurs qui fonctionnaient dans le cas des médias traditionnels, comme les signatures et les crédits photo, ne s’avèrent pas aussi utiles pour vérifier les informations sur les médias sociaux.

Certains de ces signes de fiabilité, comme l’aspect professionnel d’un site web, peuvent même être contre-productifs, indique M. Johnson. «C’est souvent extrêmement trompeur.»

La journaliste indépendante Joyce Grant a cofondé le site web TeachingKidsNews.com, qui se veut une source transparente d’informations pour aider les enfants à comprendre le processus derrière la publication de nouvelles crédibles.

Elle vise aussi à les outiller pour reconnaître les chambres d’écho et sortir des silos sur les réseaux sociaux en recherchant diverses sources d’information.

«Les fausses nouvelles, à mesure qu’elles s’améliorent, commencent à mieux imiter le journalisme, signale-t-elle. En fait, il est maintenant question d’esprit critique.»

Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.