Des experts ont analysé le code génétique de 2658 tumeurs

MONTRÉAL — Une équipe internationale de chercheurs a dévoilé cette semaine la carte génétique la plus détaillée jamais réalisée du cancer, ce qui pourrait potentiellement révolutionner le traitement de cette maladie.

Les travaux du «ICGC/TCGA Pan-Cancer Analysis of Whole Genomes Project» ont permis de brosser le portrait génétique de plus de 2600 tumeurs représentant 38 types de cancer. Au total, ce sont quelque 47 millions de changements génétiques qui ont été examinés.

«On a couvert presque 100 % du génome, contrairement à seulement 1 %, parce que c’est une des études où on a fait systématiquement une étude vraiment des trois milliards de lettres du génome, a expliqué le professeur Daniel Sinnett, du département de biochimie et médecine moléculaire de l’Université de Montréal. On peut vraiment regarder à la grandeur du génome ce qui se passe et en tirer un enseignement.»

Le projet a regroupé 1300 chercheurs de 37 pays. Leurs résultats sont dévoilés dans une vingtaine d’études, dont plusieurs ont été publiées par la famille de journaux scientifiques Nature.

Les chercheurs ont constaté que les tumeurs contiennent, en moyenne, quatre ou cinq mutations qui en stimulent la croissance. Ces mutations pourraient représenter des vulnérabilités qui pourraient potentiellement devenir des cibles thérapeutiques.

«C’est ce qu’on appelle le ‘genomic landscape’ en bon français, a dit M. Sinnett. C’est comme se promener en voiture sans carte, on navigue un peu à l’aveugle, et avec ça, on a une connaissance du paysage. Et à partir de cette connaissance du paysage, on peut se poser d’autres questions et avoir différentes applications, notamment des applications thérapeutiques.»

Aucune mutation n’a toutefois été détectée dans 5 pour cent des tumeurs, ce qui démontre qu’on ne comprend pas encore toute l’histoire.

«Si on ne trouve rien dans ce qu’on a séquencé, c’est que la réponse est ailleurs, et dans le ‘ailleurs’, une partie de la réponse va être dans les modifications épigénétiques», a ajouté M. Sinnett.

Ces travaux pourraient permettre de combler une partie de l’écart qui existe actuellement entre les cancers pédiatriques et les cancers adultes, a ajouté M. Sinnett, qui travaille aussi au Service d’hématologie et d’oncologie du CHU Sainte-Justine.

«Il y a très peu de patients pédiatriques dans cette cohorte-là, donc ça génère beaucoup de données dans le cancer adulte où on avait un peu moins de données génomiques, a-t-il dit. En oncologie pédiatrique, on connaissait déjà plusieurs choses qui sont révélées dans cette étude-là.»

En pédiatrie, poursuit-il, on dispose depuis déjà plusieurs années de programmes de médecine de précision pour attaquer le cancer du patient en fonction de son profil génétique particulier. L’absence d’études comme celles publiées cette semaine représentait un «frein» au démarrage de tels programmes en médecine adulte, selon M. Sinnett.

Les travaux des chercheurs internationaux ont par ailleurs révélé que les mutations génétiques peuvent commencer plusieurs années, voire des décennies, avant l’apparition de la maladie. Dans le cas du cancer des ovaires, par exemple, les mutations surviendraient jusqu’à 50 ans avant que la femme ne remarque les premiers symptômes.

Les chercheurs ont enfin détecté la présence d’un virus dans 13 pour cent des tumeurs analysées. Au total, 25 virus différents ont été découverts chez 356 patients, notamment les virus Epstein-Barr, le virus de l’hépatite B et les virus du papillome humain.

«Ce genre d’étude là permet de gagner les batailles petit pas par petit pas, petit groupe par petit groupe», a conclu M. Sinnett.

Il existe plus de 200 types de cancer. Les quatre plus fréquents sont les cancers du sein, du poumon, de la prostate et de l’intestin.