Des festivités pour les 75 ans du fleurdelysé

QUÉBEC — Il y a très exactement 75 ans aujourd’hui, le premier ministre Maurice Duplessis s’adresse solennellement aux parlementaires réunis dans l’Assemblée législative. 

Il leur annonce qu’un arrêté ministériel a été adopté, en vertu duquel «un drapeau officiel est donné à notre province».

Il dit que son gouvernement se rend ainsi «avec une grande joie au désir de la population», et après avoir suivi les conseils des experts en héraldique, c’est un drapeau fleurdelysé qui a été retenu avec certaines modifications. 

«Il y avait eu beaucoup de pressions populaires en 1947 pour que le Québec adopte son propre drapeau», a raconté la présidente de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB), Marie-Anne Alepin, en entrevue avec La Presse Canadienne. La SSJB comme l’Assemblée nationale organisent samedi des activités pour célébrer l’anniversaire du drapeau.  

Et il y a une part de légende, de récit et de mythe sur cette journée du 21 janvier 1948, comme dans tout grand moment historique. 

«Maurice Duplessis avait demandé au président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec de trouver un drapeau d’ici à 15 h 00, c’est ce qu’on disait dans les coulisses», poursuit Mme Alepin. À l’époque, il était en effet talonné par un député indépendant, René Chalout, qui militait depuis des années pour l’adoption de ce drapeau.  

«Au moment même où je vous parle, ce drapeau, qui est en conformité avec nos traditions et nos aspirations, est déjà arboré sur la tour centrale du parlement», déclare donc Maurice Duplessis en Chambre à 15 h 10, comme le rapportent les annales historiques de l’Assemblée nationale. 

Ce n’est que deux ans plus tard, le 9 mars 1950, que le Parlement adopte la Loi concernant le drapeau officiel de la province.

Mais d’où vient le fleurdelysé? Tout amateur d’Histoire saura reconnaître dans la fleur de lis la Bannière de France, l’emblème des rois de France. 

À l’Assemblée nationale, la salle des drapeaux, située entre les Salons bleu et rouge, exhibe d’ailleurs les étendards et pavillons qui ont inspiré le fleurdelysé. 

Il tirerait son origine d’une bataille durant la Guerre de Sept Ans, ce vaste conflit mondial qui opposa les Français aux Anglais notamment et se solda ici par la défaite des plaines d’Abraham et la Conquête.   

L’étendard aurait été brandi lors de la bataille du fort Carillon, en juillet 1758, une victoire des Français de Montcalm retranchés dans leurs fortifications sur les bords du lac Champlain, aujourd’hui Ticonderoga dans l’État de New York

Il s’agirait d’abord d’une bannière de procession, selon les sources historiques. Sur son revers, l’étendard exhibe les armes du royaume de France, mais aux quatre angles, des fleurs de lys inclinées. Sur l’avers, une vierge Marie et les armes du gouverneur de Beauharnois.  

Cette bannière se trouve aujourd’hui au Musée de l’Amérique francophone. 

Le 24 juin 1848, les représentants de la Société Saint-Jean-Baptiste défilent dans les rues de Québec avec cette bannière, rapporte-t-on. 

En 1902, le curé Filiatrault, de Saint-Jude, hisse un drapeau azur qu’il a lui-même confectionné, qui reprend la bannière de Carillon, en ajoutant une croix blanche. C’est là qu’est né le «fleurdelysé» qui fera son chemin jusqu’au mât de la tour centrale du parlement.  

«Nous avons fait redresser les fleurs de lis, avait expliqué M. Duplessis en Chambre le 21 janvier. Comme elles apparaissaient légèrement penchées aux quatre coins du drapeau, ordre a été donné pour qu’elles se dressent à l’avenir bien droites vers le ciel, afin de bien indiquer la valeur de nos traditions et la force de nos convictions.»

Samedi midi, sur l’esplanade de la Place des arts à Montréal, la SSJB a déployé le plus grand drapeau québécois jamais conçu. Plus de 200 personnes ont tenu la bannière mesurant 60 pieds par 90 pieds. Plusieurs élus de tous partis confondus étaient présents.

La présidente de l’Assemblée nationale, Nathalie Roy et le ministre de la Langue française et des Institutions démocratiques, Jean-François Roberge, participent à une cérémonie commémorative samedi après-midi à 15 h 00 sur le parvis de l’Hôtel du Parlement, à Québec. Une exposition sera également inaugurée et des activités auront lieu de 9 h 30 à 21 h 00.   

Il est plus que jamais essentiel de célébrer le drapeau québécois, un «symbole d’unité», selon Mme Alepin, car les «repères de notre identité subissent un recul», pour reprendre ses mots. 

«Les études indiquent le recul de la langue française, il y a beaucoup de défis, surtout dans la métropole. Je pense qu’on peut faire aimer cette langue à tous ceux qui vivent au Québec et le drapeau du Québec, c’est l’ultime symbole de fierté d’une nation, de notre force, de notre Histoire.» 

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