Des fonctionnaires noirs intentent une action collective contre le fédéral

OTTAWA — Alain Babineau se souvient des obstacles auxquels il a été confronté lorsqu’il a voulu être embauché à la Gendarmerie royale du Canada au début des années 1980. Lors de sa première entrevue, on lui a notamment demandé comment il réagirait si on lui lançait un commentaire raciste.

Ce traitement différent lié à la couleur de sa peau l’a suivi après qu’il est devenu agent de la GRC.

Son histoire n’est pas unique, a-t-il déclaré lors d’une entrevue vendredi. D’autres employés du gouvernement fédéral, anciens et actuels, ont fait face à des obstacles similaires dans leur carrière, a-t-il dit.

Il fait partie des plaignants dans une demande d’action collective contre le gouvernement fédéral déposée cette semaine devant la Cour fédérale. Ils allèguent avoir fait l’objet de discrimination systémique dans les embauches et les promotions depuis près d’une cinquantaine d’années.

La demande d’autorisation d’exercer un recours collectif, qui n’a pas encore été validée par le tribunal, affirme que quelque 30 000 fonctionnaires noirs, anciens et actuels, ont perdu «des occasions et des avantages» à cause de leur ethnicité depuis les années 1970.

Les plaignants réclament 900 millions $ en dommages-intérêts afin d’indemniser les fonctionnaires noirs pour les difficultés mentales et économiques auxquelles ils ont été confrontés au fil des ans. La poursuite demande également un plan de diversification de la main-d’œuvre fédérale et des mesures pour éliminer les obstacles que même les lois sur l’équité en matière d’emploi n’ont pas pu éliminer.

M. Babineau affirme que certains des postes auxquels il a été promu pendant sa carrière à la GRC avaient été réservés aux candidats des minorités visibles. Chaque fois qu’il a obtenu une promotion, il était perçu comme celui qui n’avait progressé qu’en raison de la couleur de sa peau, dit-il.

Et lorsqu’il a eu l’occasion de participer au recrutement de nouveaux employés, M. Babineau estime avoir fait face à des écrans de fumée qui ne prenaient pas en compte les obstacles qui pourraient dissuader les jeunes Canadiens noirs de se porter candidats. 

«Les gens qui ont le pouvoir de décision, ils ne font que vaquer à leurs occupations, et ils font partie du problème», a dit M. Babineau, faisant référence à la discrimination systémique. «Ça continue et (…) ils ne réalisent même pas ce que c’est.»

L’influence du mouvement Black Lives Matter

La plupart des fonctionnaires noirs sont restés relativement silencieux sur leur expérience au fil des années, mais cela a changé au cours de l’été avec la visibilité grandissante du mouvement Black Lives Matter, souligne l’avocat Courtney Betty, de Toronto.

Il a participé à une rencontre Zoom avec un groupe d’employés au cours de l’été pour discuter de la question. À ce moment-là, il n’était pas du tout question d’intenter une action en justice. Mais les choses ont changé après avoir entendu certaines de leurs histoires, a-t-il dit.

Il a cité l’exemple de l’une des plaignantes, Jennifer Phillips, qui travaille pour l’Agence du revenu du Canada. La déclaration indique qu’elle a travaillé pour l’ARC pendant environ 30 ans, où elle a fait face à des commentaires dégradants et à un manque de possibilités d’avancement professionnel. Elle n’a été promue qu’une seule fois en trois décennies.

«Je ne pouvais pas dire non, et ce n’était pas une décision facile de dire oui, de relever ce défi», a expliqué Me Betty, lui-même un ancien avocat du ministère de la Justice. «Mais je pensais que quelque chose devait être fait.»

Les plaignants espèrent que leur action en justice évitera à d’autres de subir les mêmes difficultés qu’eux au cours de leur carrière dans la fonction publique fédérale, a indiqué l’avocat.

Me Betty a souligné que le gouvernement fédéral avait indemnisé d’autres groupes d’employés qui avaient souffert de difficultés similaires et avait pris des mesures pour régler des problèmes systémiques, comme le harcèlement dans la GRC, après avoir fait l’objet de poursuites.

Aucun tribunal ne s’est encore prononcé sur la validité des allégations contenues dans la demande. Le Conseil du Trésor a indiqué qu’il ne pouvait commenter la poursuite pour le moment.

Le secrétariat a cependant reconnu dans une déclaration que le racisme systémique est une «réalité vécue douloureuse» pour les Noirs, les Autochtones et les personnes racisées au Canada.

Une porte-parole a également souligné que le gouvernement s’était engagé, dans le plus récent discours du Trône, à diversifier les échelons supérieurs de la fonction publique. Il a aussi prévu 12 millions de dollars sur trois ans à cette fin dans l’énoncé économique de l’automne.

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Si on veut imiter les États-Unis à la fonction publique fédérale, on devrait mettre en place des quotas pour l’embauche et la promotion des femmes. Pendant les 15 ans que j’y ai travaillé, j’ai observé que les hommes sont beaucoup plus nombreux que les femmes à occuper des postes de direction et les mieux rémunérés même si les femmes, à la différence des minorités visibles représentent la moitié de la population.

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