Des formes de la maladie de Parkinson pourraient naître dans l’intestin

MONTRÉAL — Une infection intestinale peut mener à une pathologie semblable à la maladie de Parkinson chez la souris, laquelle est dépourvue de l’un des gènes liés à la maladie chez l’homme, selon une nouvelle étude de l’Université de Montréal.

L’étude publiée mercredi dans la prestigieuse revue scientifique Nature est le résultat du travail d’une équipe de scientifiques dirigée par les chercheurs Michel Desjardins et Louis-Éric Trudeau de l’Université de Montréal, Heidi McBride de l’Institut neurologique de Montréal et Samantha Gruenheid de l’Université McGill.

«Ça change le paradigme de comment voir la maladie de Parkinson, a dit M. Desjardins. C’est perçu comme une maladie des neurones, comme une maladie du cerveau, alors que nous on dit que c’est une maladie auto-immune.»

L’équipe a démontré qu’une infection intestinale sans gravité chez de jeunes souris dépourvues de l’un des gènes liés à la maladie de Parkinson — le PINK1 — était suffisante pour déclencher des symptômes moteurs chez ces souris à l’âge adulte.

De façon remarquable, ces symptômes disparaissaient temporairement en réponse à l’administration d’un médicament prescrit pour traiter les patients atteints de la maladie de Parkinson, établissant un lien direct avec la maladie.

«Le gène PINK1 est une protéine qui inhibe la réponse immunitaire, donc quand on l’enlève il n’y a plus d’inhibition possible, et c’est pour ça que chez la souris qui ne l’a plus, lors de l’infection, le système immunitaire répond à fond, a expliqué M. Desjardins. Les neurones en condition d’inflammation vont commencer à présenter des protéines mitochondriales, ce que le système immunitaire va voir comme aberrant.»

Les résultats publiés mercredi suggèrent que les neurones dopaminergiques ne meurent donc pas en raison d’une accumulation de toxines, mais seraient plutôt détruits par le système immunitaire.

«On sait que la maladie de Parkinson est déclenchée 15 ou 20 ans avant l’apparition des symptômes moteurs, a ajouté M. Desjardins. Selon nos travaux, il semblerait donc que la maladie de Parkinson pourrait être engagée plusieurs années avant, dans l’intestin, suite à une infection, et que c’est d’abord le système immunitaire qui s’emballe. Ça veut dire qu’il y a possiblement une fenêtre de plusieurs années pour intervenir, avant la mort de neurones.»

Cette découverte vient dans la foulée de récents travaux du même groupe de chercheurs suggérant que la maladie comporte une composante immunitaire importante, ouvrant la porte à de nouvelles stratégies thérapeutiques.

Les chercheurs s’affairent d’ailleurs à identifier des molécules qui pourraient être en mesure de freiner la réponse immunitaire démesurée. La première auteure de l’étude, Diana Matheoud, est en train de développer des outils pour détecter la réponse auto-immune chez les patients. Samantha Gruenheid, de son côté, étudie le microbiome.

«On pense que quand on infecte la souris, une des premières choses qui se produit est un changement du microbiome et que ça pourrait être la cause de tout ça, a dit M. Desjardins.

«Chez 10 à 15 pour cent des patients, on peut associer la maladie à une mutation génétique: ça laisse une grande majorité de patients qui souffrent d’une forme qui n’est pas associée à une mutation connue en ce moment. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de mutation à découvrir. Je pense qu’il y a un espoir plus large que pour la portion des patients qui sont atteints d’une mutation qui cause la maladie.»

La maladie de Parkinson est une maladie neurodégénérative incurable qui touche environ 85 000 personnes au Canada. Compte tenu de la croissance et du vieillissement de la population, on estime que le nombre de Canadiens atteints doublera entre 2011 et 2031.

Aux États-Unis seulement, on prévoit que la maladie de Parkinson touchera plus de 1,2 million d’individus d’ici 2030. 

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