Des gens se recueillent à Montréal pour des personnes mortes dans l’oubli

MONTRÉAL — Des gens ont été invités à déposer des roses blanches devant l’autel d’une cathédrale de Montréal mercredi lors d’une cérémonie en l’honneur des centaines de Québécois qui meurent chaque année, mais dont les corps ne sont pas réclamés.

L’événement annuel a pris une signification particulière cette année en raison de la pandémie de COVID-19. Des leaders religieux et communautaires ont souligné que la crise sanitaire a aggravé les problèmes d’isolement social et de pauvreté, qui affectent de manière disproportionnée les plus vulnérables de la société.

Au début de la messe catholique, l’archevêque Christian Lépine a dit à la foule à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde que quelque 200 personnes meurent chaque année dans la région de Montréal sans qu’un membre de leur famille vienne réclamer leur dépouille.

Vêtus de robes blanches, des membres du public ont été invités à prier pour ceux qui meurent seuls, souvent victimes d’itinérance ou de dépendance.

Dans une entrevue avant la cérémonie, M. Lépine a déclaré que son objectif cette année était de souligner le besoin de connexion humaine pendant une pandémie mondiale qui a entraîné une solitude exacerbée pour de nombreuses personnes.

«Il s’agit du fait d’être seul lorsque vous mourez, d’être seul lorsque vous êtes enterré, mais cela peut aussi signifier que vous étiez seul dans la vie», a-t-il affirmé. «Alors, comment pouvons-nous rester en contact avec ce que les gens vivent et avec les gens qui sont seuls?»

M. Lépine a indiqué qu’il ne semble pas qu’il y ait plus de corps non réclamés cette année pendant la pandémie par rapport aux années précédentes.

Mais le père Claude Paradis, qui a co-animé le service, a souligné que la pandémie avait joué un rôle dans l’augmentation du nombre de décès survenus dans les rues.

M. Paradis, connu comme le «prêtre de la rue» de Montréal pour ses années passées au service de la population sans-abri de la ville, a dit croire qu’il y avait eu environ 50 décès par surdose cet été, bien qu’il n’y ait pas de statistiques officielles pour confirmer ce bilan.

La pandémie a joué un rôle dans ces décès, a-t-il dit, car elle a conduit à un isolement et à un désespoir accrus chez les consommateurs de drogue. La COVID-19 a également perturbé la chaîne d’approvisionnement en drogues, ce qui, selon lui, a conduit les utilisateurs à consommer des substances plus dangereuses comme le fentanyl.

M. Paradis, qui était autrefois lui-même sans-abri, a déclaré que les difficultés économiques de la pandémie avaient également poussé plus de gens à la rue à un moment où de nombreux refuges réduisaient la capacité et les services de repas.

Un porte-parole du bureau du coroner du Québec a toutefois affirmé que si le nombre de corps non réclamés augmente chaque année, il n’y a pas eu une hausse particulièrement aigüe en 2020 pouvant être liée à la pandémie.

Cela augmente d’une année à l’autre, mais il n’est pas possible de mettre la COVID-19 dans l’équation, a dit Sylvain Gallant dans une entrevue.

Une liste sur le site web du bureau du coroner du Québec contient plus de 150 noms de personnes dont la dépouille n’a pas encore été réclamée, dont 30 qui sont recensés entre janvier et le 1er septembre de cette année. Cependant, ces chiffres n’incluent pas les personnes décédées de la COVID-19 car ces décès sont suivis par le ministère de la Santé.

Samuel Watts, président-directeur général de la Mission Bon Accueil, affirme qu’il n’y a pratiquement pas de données fiables pour mesurer le nombre de sans-abri décédés pendant la pandémie.

«Y a-t-il eu des gens qui sont morts? Oui, probablement», a-t-il dit, et c’est tellement «malheureux parce que c’est un de trop».

Il a aussi dit croire qu’il y avait eu une augmentation des surdoses.

M. Watts a affirmé que les données sur les sans-abri, y compris le nombre de décès, sont difficiles à calculer parce que la plupart des gens entrent et sortent de l’itinérance.

Mais ce qui est clair, a-t-il dit, c’est que la pandémie a rendu la vie plus difficile aux personnes vulnérables, alors que des services leur étant destinées ont été interrompus, des soins pour des conditions médicales particulières n’ont pas été prodigués et qu’elles sont tombées plus profondément dans la pauvreté.

Au cours de la cérémonie, M. Paradis a invité les membres du public à s’avancer et à déposer une rose blanche dans un panier à l’avant de l’église, en lisant les noms de quelque 25 personnes décédées récemment.

Parmi ceux qui se sont avancés, il y a Nathalie Renaud, dont la fille Catherine est décédée d’une surdose de drogue il y a deux ans.

La cérémonie, pour elle, a mis en évidence le fait «qu’il y a trop de gens qui meurent trop tôt, qui auraient pu être sauvés».

Mme Renaud, qui a confié que sa fille avait passé du temps dans la rue, a exhorté les gouvernements à agir pour lutter contre l’itinérance afin d’aider les autres à éviter le sort qui a été réservé à Catherine.

Laisser un commentaire
Les plus populaires