Des groupes de défense des animaux contestent l’empoisonnement de loups en Alberta

EDMONTON — Des groupes de défense des animaux demandent à la ministre fédérale de la Santé de réexaminer une décision qui permet à l’Alberta d’utiliser la strychnine pour empoisonner les loups, dans le but de préserver les troupeaux de caribous.

Wolf Awareness et Animal Justice ont déposé la demande auprès de Santé Canada plus tôt cette semaine. Ils accusent l’Alberta d’enfreindre les conditions régissant l’utilisation de la toxine et de mettre en danger d’autres espèces sauvages.

«Ces produits ne sont pas respectueux de l’environnement, a soutenu Kaitlyn Mitchell, avocate chez Animal Justice. Les preuves de non-respect des restrictions légales soulignent encore davantage le fait que nous ne pouvons pas les utiliser au Canada de manière responsable.»

Les autorités albertaines assurent qu’elles ne font pas un usage abusif de la strychnine et affirment que son utilisation est essentielle pour maintenir les populations de caribou.

En mars dernier, l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire de Santé Canada a renouvelé la permission de l’Alberta, selon laquelle la province peut continuer de placer des appâts contenant de la strychnine dans l’habitat du caribou afin de réduire le nombre de loups qui se nourrissent des troupeaux en voie de disparition. Entre 2005 et 2018, l’Alberta a tué 225 loups avec de la strychnine en plus des morts par abattage aérien.

La loi permet une révision par la ministre si de nouvelles preuves sont découvertes. Animal Justice et Wolf Awareness affirment que des documents obtenus en vertu de l’accès à l’information fournissent cette preuve.

Les conditions stipulent que les sites d’appâts doivent être vérifiés tous les sept jours pour s’assurer que les carcasses n’empoisonnent pas les autres animaux et que la toxine ne pénètre pas dans l’environnement. Les archives démontrent qu’en 2018, le délai moyen entre les contrôles sur 19 sites était de près de neuf jours, et même deux semaines dans un des cas.

La demande allègue également que l’Alberta dépasse les 12 appâts par site autorisés par les règles. Elle cite des documents gouvernementaux indiquant que 20 appâts ont été laissés sur presque tous les sites.

La demande ajoute que les inspections et le nettoyage du site – qui sont importants pour s’assurer que la strychnine est retirée du paysage – sont également inadéquats.

«Plus de 20 pour cent des sites d’appâts à la strychnine n’ont pas pu être inspectés, de manière adéquate ou pas du tout, jusqu’à trois mois après que les sites aient été considérés fermés en raison d’inondations locales», est-il écrit dans la requête.

Santé Canada n’a pas dit si elle acceptera la demande.

Dave Hervieux, un expert du caribou au ministère albertain de l’Environnement, a expliqué que les sites d’appâts sont souvent difficiles à atteindre en hiver lorsque la strychnine est placée.

«Sept jours, c’est ce que nous nous efforçons de réaliser. Dans la grande majorité des (cas), nous y parvenons. Je ne sais pas quelles seraient les implications négatives de manquer les sept jours d’un jour ou deux», a-t-il indiqué.

M. Hervieux a fait valoir que le poison est la seule option pour contrôler les populations de loups dans les sites éloignés, qui ne sont accessibles que par voie aérienne. Il ne croit pas que l’Alberta place trop de poison.

«Je ne crois pas que ce soit factuel», a-t-il dit.

M. Hervieux reconnaît que d’autres espèces sont tuées par la  strychnine, un poison largement interdit dans le monde, qui selon les vétérinaires mènerait à une mort atrocement douloureuse.

Mais il n’y a pas beaucoup d’options dans un environnement où l’habitat du caribou a été fortement perturbé par des décennies d’exploitation forestière et d’activité pétrolière et gazière, a-t-il souligné. La restauration de l’habitat prend du temps, et le caribou a besoin d’aide maintenant, a-t-il ajouté.

«Nous essayons d’éviter la disparition d’une espèce emblématique  – le caribou – qui est en difficulté entièrement à cause de nos activités.»

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