Des groupes demandent l’interdiction de la reconnaissance faciale

OTTAWA — Des dizaines de groupes et d’individus œuvrant pour la protection de la vie privée, des droits de la personne et des libertés civiles souhaitent que le gouvernement Trudeau interdise le recours à la surveillance par reconnaissance faciale par les organismes fédéraux d’application de la loi et de renseignement.

Dans une lettre ouverte au ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, ils qualifient la technologie de «très problématique», étant donné son manque de précision et son caractère invasif, et affirment qu’elle constitue une menace pour les droits fondamentaux des Canadiens.

Ils disent au ministre qu’en l’absence d’une politique ou d’un règlement significatif régissant la reconnaissance faciale, elle ne peut être considérée comme sécuritaire pour une utilisation au Canada.

La lettre est signée par Tim McSorley, coordonnateur national de la Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles, basée à Ottawa, et Laura Tribe, directrice générale d’Open Media, qui dirigent la campagne.

Elle est appuyée par 29 autres groupes importants, dont Amnistie internationale Canada, la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants, la Canadian Muslim Lawyers Association et Privacy International, ainsi que 46 universitaires, chercheurs, avocats et autres membres de la société civile.

Le gouvernement a réagi mercredi en affirmant qu’il examinait les pièces législatives, les politiques et les programmes reliés à toutes les technologies émergentes, incluant la reconnaissance faciale.

La lettre invite également le gouvernement à lancer une consultation publique sur tous les aspects de la technologie de reconnaissance faciale au Canada et à établir des politiques et des lois claires et transparentes réglementant son utilisation, y compris des réformes de la loi fédérale sur la protection des renseignements personnels.

La lettre est transmise au moment où les inquiétudes grandissent à propos des mauvais traitements infligés par la police aux personnes noires et autochtones, qui ont suscité une large discussion sur la limitation des pouvoirs et des ressources des forces de l’ordre.

Le commissaire fédéral à la protection de la vie privée a déclaré cette semaine que la firme américaine Clearview AI cesserait d’offrir ses services de reconnaissance faciale au Canada en réponse à une enquête du commissaire et de trois homologues provinciaux.

La technologie de Clearview AI inquiète de nombreux défenseurs de la vie privée, car elle permet apparemment de collecter un grand nombre d’images provenant de diverses sources dans le but d’aider les forces de police, les institutions financières et d’autres clients à identifier des individus.

Le retrait de Clearview comprend une suspension indéfinie du contrat de l’entreprise avec la GRC, son dernier client restant au Canada.

Des fonctionnaires fédéraux ont également utilisé la technologie de jumelage de photos pour identifier les personnes — toutes recherchées par le biais de mandats d’immigration — qui ont utilisé de fausses identités pour demander des documents de voyage.

Mais la lettre à M. Blair indique qu’une réglementation inadéquate de la reconnaissance faciale et un manque d’informations signifient qu’il est impossible de savoir quelles forces de police et agences de renseignement utilisent l’outil, et à quelles fins, y compris pendant des manifestations.

Il cite des études qui ont déterminé que la technologie est inexacte et particulièrement sujette à une mauvaise identification des visages des femmes et des personnes à la peau plus foncée.

«Ces erreurs peuvent rendre des communautés déjà marginalisées encore plus susceptibles de faire l’objet de profilage, de harcèlement et de violations de leurs droits fondamentaux», indique la lettre.

Cela est particulièrement préoccupant compte tenu de l’utilisation de la technologie dans des situations où les préjugés sont courants, notamment lorsque des personnes voyagent et traversent des frontières ainsi que dans le contexte d’enquêtes criminelles et d’opérations de sécurité nationale et de lutte contre le terrorisme, ajoute-t-on.

«Si, comme l’ont dit des fonctionnaires fédéraux, le gouvernement canadien veut vraiment mettre fin aux disparités raciales dans les services de police, l’interdiction de la surveillance par reconnaissance faciale est une première étape claire.»

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