Des groupes qui aident des femmes vulnérables lancent un appel au secours à Ottawa

OTTAWA — Des groupes qui offrent des services aux femmes vulnérables à travers le pays disent qu’ils ont été exclus de l’aide fédérale découlant de la pandémie et font maintenant face à un avenir incertain.

Un rapport publié mardi par une coalition d’organisations de défense des droits des femmes suggère que la pandémie a entraîné une forte réduction des services fournis par ces groupes.

Environ la moitié des 117 groupes qui ont rédigé le rapport disent qu’ils ont dû réduire l’offre de services ou annuler purement et simplement leurs programmes lorsque la pandémie a frappé.

Et environ 40 % affirment qu’ils n’ont pas pu accéder à l’aide fédérale, soit parce que les critères d’admissibilité ne tenaient pas compte de leurs modèles de financement uniques, soit parce que les organisations elles-mêmes n’avaient pas la capacité de remplir les demandes.

En conséquence, ces groupes sont désormais confrontés à la perspective de ne pas pouvoir utiliser les fonds existants pour aider à couvrir les coûts accrus liés à la COVID-19 tout en perdant potentiellement des financements futurs, car ils n’offrent plus autant de services qu’auparavant.

C’est pourquoi les organisations impliquées demandent au gouvernement Trudeau d’offrir maintenant du financement ciblé afin qu’elles ne soient pas obligées de fermer dans les mois à venir.

«Non seulement les femmes font face à tous ces défis à travers le pays, mais les organisations qui sont profondément attachées à les soutenir sont elles aussi à risque», a déclaré la directrice nationale des politiques publiques de YWCA Canada, Anjum Sultana.

«La crainte maintenant est que, quel que soit le filet de sécurité sociale dont disposaient de nombreuses femmes que nous aidons, il pourrait également disparaître.» 

Lorsque la pandémie a frappé, de nombreux services en personne ont dû cesser, ce qui signifie que les groupes n’ont pas été en mesure d’offrir leurs services habituels de conseil, d’emploi et de formation professionnelle, souvent avec des budgets limités.

Les femmes touchées de façon disproportionnée

La plupart des employés de ces petites et moyennes organisations à but non lucratif et caritatives sont des femmes. Et comme de nombreuses autres femmes, elles ont dû s’occuper des enfants à la maison, ce qui a en retour mis à rude épreuve leurs ressources.

«Il ne nous a pas fallu beaucoup de temps pour voir ces fissures presque immédiatement», affirme Jackie Neapole, directrice générale de l’Institut canadien de recherches sur les femmes.

Le rapport présente des données et des détails en appui aux témoignages que les responsables fédéraux ont entendus au printemps.

Les critères d’admissibilité à des programmes d’aide d’urgence comme la subvention salariale exigeaient une baisse des revenus que certains groupes ne pouvaient pas démontrer en raison de la nature de leur financement par projet.

Dans le cas de ces organismes, le financement fédéral est remis lorsque les projets ou programmes respectent certains objectifs, avec des règles précises sur l’utilisation des sommes.

Les groupes n’ont pas été en mesure de dépenser l’argent dont ils disposaient ni de réviser rapidement leur programmation, explique Diana Sarosi, directrice des politiques et des campagnes chez Oxfam Canada.

«S’ils ne peuvent pas aller de l’avant avec leur programmation, ou si les coûts qui y sont liés sont très différents maintenant, il leur sera difficile d’obtenir la prochaine tranche d’argent, ou elle sera réduite», a-t-elle dit. «Cela, encore une fois, leur cause beaucoup d’insécurité financière pour l’avenir.»

Le rapport recommande au gouvernement de mettre rapidement de côté une réserve de fonds facilement accessible pour ces groupes afin d’aider à couvrir les frais généraux et les coûts d’exploitation essentiels. Il demande également au gouvernement d’aider les groupes à numériser leurs services, car beaucoup d’entre eux n’étaient pas en mesure de le faire facilement.

Mme Neapole craint que son organisation ne s’effondre sans un certain changement dans l’aide gouvernementale, tout comme d’autres organisations du secteur.

Elle compte beaucoup sur la promesse du fédéral de créer un groupe de travail sur les femmes dans l’économie pour aider ce segment de la population touché de manière disproportionnée par la pandémie.  

«Une expertise, des connaissances et une analyse précieuses du mouvement des femmes seront la clé du succès de ce groupe de travail, mais seulement si pouvons participer de manière significative», a souligné Jackie Neapole.

«Et nous ne pourrons le faire que si nous ne sommes pas dévastés financièrement.»

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