Des groupes veulent un plan mondial pour une distribution équitable d’un vaccin

OTTAWA — La planète n’a pas la capacité de fabriquer, de financer et de distribuer correctement un vaccin contre la COVID-19, même si on en découvrait un avant la fin de l’année, affirment d’éminents philanthropes et experts en vaccination.

Toutefois, si la planification commençait dès maintenant au moment où des recherches prometteuses se poursuivent, l’éventuel vaccin pourrait être distribué à tous ceux qui en ont besoin, assurent-ils.

Cela serait en soi une percée dans la coopération internationale sur les plans scientifique, commercial et politique.

La Fondation Bill et Melinda Gates et d’autres groupes réclament la mise en oeuvre de nouveaux outils de financement mondiaux pour accélérer la capacité de fabrication dans les pays développés et moins développés.

À l’heure actuelle, il n’existe aucun moyen équitable ou pratique de distribuer un nouveau vaccin à travers le monde, selon eux.

Il faudrait investir des dizaines de milliards de dollars pour équiper les usines, former les travailleurs de la santé et concentrer les recherches sur un vaccin simple qui pourrait fonctionner.

«Nous devons mettre en place les capacités requises (…), afin que lorsque nous aurons un vaccin, celui-ci puisse être fabriqué à une échelle sans précédent», a déclaré jeudi Joe Cerrell, directeur général de la fondation Gates, lors d’une conférence téléphonique.

L’Alliance du Vaccin — la principale organisation internationale à but non lucratif de vaccination au monde — et le groupe One Campaign se joignent à la fondation Gates pour réclamer la mise sur pied d’un plan.

Selon M. Cerrell, les engagements anticipés — ou garantie de marché (GM) — sont un outil financier clé que les gouvernements et les entreprises doivent adopter pour assurer le déploiement en douceur d’un vaccin.

Un engagement préalable sur le marché est essentiellement une garantie offerte par un gouvernement ou une institution financière pour acheter une certaine quantité d’un produit avant qu’il ne soit prêt pour le marché. Cela permettrait aux usines du monde entier de se préparer pour un niveau de production sans précédent.

«Une grande entreprise peut être en mesure de le faire s’il y a un achat garanti, mais un fabricant de vaccins établi dans un pays en développement pourrait avoir besoin d’un financement direct pour l’aider à construire ses installations», a souligné M. Cerrell.

Le directeur de l’Alliance du Vaccin, le Dr Seth Berkley, dit qu’il y a 89 vaccins qui font l’objet de recherches. Sept d’entre eux sont rendus au stade des essais cliniques. Mais les options devront être réduites au plus tôt afin de trouver un vaccin plus simple, plus efficace et plus facile à fabriquer et à administrer en masse.

«Cela représente vraiment un défi. Obtenir des milliards de doses dans le monde entier de manière efficace, est une tâche complexe», soutient-il.

Le Dr Berkey et M. Cerrell affichent une certaine prudence au sujet des recherches prometteuses en cours à l’Université d’Oxford, au Royaume-Uni, et ailleurs. Ils croient qu’une courte de liste de projets devrait être rédigée.

«Nous ne voulons pas que beaucoup d’argent soit dépensé inefficacement dans des dizaines de choses, dont la plupart ne fonctionneront pas», a déclaré M. Cerrell.

Cela signifie également abattre les barrières commerciales pour partager les meilleures solutions, a souligné la pdg de One Campaign, Gayle Smith.

Faisant référence à la pandémie de H1N1 en 2009, Mme Smith a rappelé qu’il y avait eu une ruée vers un vaccin dès qu’il est devenu disponible. «Malheureusement, mais sans surprise, ce sont les pays les plus riches qui ont immédiatement été en mesure d’obtenir la majeure partie de ce produit.»

Le monde ne peut pas se permettre de répéter cela avec la crise beaucoup plus importante de la COVID-19, a-t-elle ajouté.