Des Indo-Canadiens manifestent contre une loi controversée de Narendra Modi

TORONTO — Des centaines de manifestants se sont réunis vendredi à Toronto afin de dénoncer une loi récemment adoptée dans la controverse en Inde. Certains membres de la diaspora signalent que ces tensions politiques se font sentir jusqu’au Canada.

Plusieurs personnes ont perdu la vie en Inde au cours de la dernière semaine, tandis que la grogne populaire monte contre une loi sur la citoyenneté qui, selon ses opposants, exclut les musulmans et menace la démocratie laïque de cette nation du sud de l’Asie, à majorité hindoue.

La loi permet aux hindous, aux chrétiens et aux personnes issues d’autres minorités religieuses de demander la citoyenneté après avoir immigré clandestinement au pays depuis le Bangladesh, le Pakistan et l’Afghanistan. Cependant, la loi introduite par le gouvernement de Narendra Modi ne s’applique pas aux personnes de confession musulmane.

La mesure s’inscrit dans une série de décisions controversées, comme la répression en cours dans la région à majorité musulmane du Cachemire.

Divyani Motla compte parmi ceux qui ont bravé le froid pour prendre part à la manifestation au consulat indien de Toronto vendredi. L’étudiante à l’Université de Toronto explique qu’il était important pour elle d’y participer, en tant que membre de la majorité hindoue de l’Inde.

Divyani Motla dit avoir elle-même constaté la montée d’un discours haineux envers les musulmans au sein des communautés indiennes au Canada. «Il y a une droite hindoue agressive qui s’est développée en Occident, expose-t-elle. La loi sur la citoyenneté est devenue une question assez litigieuse.»

Sanober Umar, candidate au doctorat en histoire à l’Université Queen’s, dit avoir déjà fait les frais de cette hostilité.

Mme Umar dit avoir été harcelée en ligne après s’être exprimée lors d’un événement académique en avril dernier, où elle a critiqué certaines des politiques de Narendra Modi.

Des sympathisants du premier ministre indien ont tenté de faire annuler l’événement et se sont plaints tant auprès de l’université que du consulat indien. Des dizaines de protestataires se sont présentés sur place pour tenter de perturber la discussion et plusieurs lui ont ensuite envoyé des menaces de mort et de viol, rapporte-t-elle.

«Au cours des dernières années, il y a eu une montée des immigrants indiens de droite qui sont sur le terrain et accusent ceux qui s’expriment contre Narendra Modi d’être anti-Indiens et anti-immigrants», déplore-t-elle.

«Ils essaient de fabriquer ce discours selon lequel quiconque défie le BJP est essentiellement anti-Indiens ou hindouphobe», expose-t-elle en faisant référence au parti Bharatiya Janata, dirigé par Modi.

Nasser Khan — qui est né et qui a été élevé en Inde, mais qui s’identifie comme Canadien — affirme qu’il hésite dorénavant à voyager vers sa terre natale.

«Lorsqu’on est en visite, on ne se sent pas en sécurité, on ne se sent plus à l’aise comme ont l’était il y a quelques années», souligne M. Khan, qui est établi dans la région du Grand Toronto. «On ne peut pas dire ce que bon nous semble. Si on remet le gouvernement en question, on se fait immédiatement étiqueter comme anti-nationaliste.»

Ces déchirements politiques se sont selon lui répandus dans la diaspora indienne du Canada, en grande partie grâce aux médias sociaux.

Divyani Motla rapporte que ses parents lui ont également dit qu’il vaudrait mieux qu’elle reste au Canada pour l’instant, pour sa propre sécurité.

«C’est troublant et bouleversant quand ta famille te dit de ne pas revenir, car ce n’est pas le pays que tu connaissais autrefois», relève-t-elle.