Des Indo-Canadiens s’inquiètent pour leurs proches avec les émeutes en Inde

Naila Saeed ne pouvait que s’inquiéter de loin lorsque des émeutiers ont pris d’assaut sa maison familiale en Inde, tirant des coups de feu, brûlant des granges et brisant les jambes de chevaux de compagnie.

La plupart de ses proches vivent dans la ville de Muzaffarnager, l’une des nombreuses communautés indiennes qui ont connu des affrontements de plus en plus violents entre hindous et musulmans ces dernières semaines.

Des membres de la minorité musulmane du pays protestent contre une nouvelle loi sur la citoyenneté qui accélère la naturalisation des minorités religieuses de toutes les grandes confessions d’Asie du Sud, à l’exception de l’islam.

«Nous avons tellement peur pour notre famille là-bas, a confié Mme Saeed, qui vit au Canada depuis une vingtaine d’années. Quand ils sortent de leur maison, nous ne savons pas ce qui va se passer ensuite.»

De nombreux Canadiens d’origine musulmane craignent pour la sécurité de proches et de parents tandis que les troubles dans le pays ont tourné plus tôt cette semaine aux pires émeutes communautaires dans la capitale depuis des décennies.

Au moins 40 personnes avaient été tuées à New Delhi et plus de 100 personnes arrêtées au terme des émeutes, qui ont duré pendant 72 heures et laissé les rues de la ville dans un état s’apparentant à une zone de guerre.

Les hindous et les musulmans se sont attaqués avec des fusils, des épées, des tiges de métal et des haches.

Des policiers casqués, camouflés et armés de matraques ont patrouillé sur des trottoirs jonchés de verre brisé et de véhicules carbonisés.

Les tensions entre les extrémistes hindous et les musulmans protestant contre les politiques favorables aux hindous du gouvernement du premier ministre Narendra Modi couvaient depuis des mois lorsque la violence a explosé dimanche soir.

Depuis qu’il a regagné le pouvoir lors des élections générales de mai dernier, M. Modi a énergiquement mis en œuvre l’ordre du jour nationaliste hindou de son parti. La loi sur la citoyenneté adoptée en décembre, perçue comme le prologue d’un registre national des citoyens qui aboutirait à l’emprisonnement ou à la déportation d’étrangers, semble enhardir ses partisans et ses opposants.

Mme Saeed a souligné que l’internet avait été coupé lorsque les émeutes ont atteint la ville natale de sa famille, l’empêchant de contacter ses proches.

«Il y a eu beaucoup de peur et de stress, mais finalement j’ai appris que tout le monde était en sécurité», a indiqué Mme Saeed, qui exploite une garderie dans la région du Grand Toronto.

Zafar Shamim, qui est Indien et s’efforce d’obtenir sa citoyenneté canadienne, a déclaré douter que la situation soit suffisamment sûre pour qu’il puisse rentrer chez lui et rendre visite à sa famille.

«Il y a toujours la crainte de la rapidité avec laquelle l’atmosphère peut tourner», a affirmé M. Shamim.

Il estime que sa sœur est relativement en sécurité, car elle réside dans un quartier aisé, tout en disant que les tensions en Inde inquiètent les membres de sa famille dans leurs occupations quotidiennes.

«Quand quelqu’un est loin de chez lui et s’il y a un certain type de nouvelles, nous sommes toujours sur nos gardes», a-t-il souligné.

Haine et intolérance

Shafiq Beig, membre du Conseil canadien des musulmans indiens, a indiqué qu’il avait raté le mariage de son neveu en Inde en raison du climat politique actuel.

«Je n’ai pas envie de respirer l’air de haine et d’intolérance», a déclaré M. Beig.

Il estime que les émeutes ont déclenché un sentiment d’impuissance dans toute la communauté. Ce sentiment est plus prononcé chez les résidants les plus pauvres qui sont plus vulnérables à la violence, a-t-il dit.

Pendant ce temps, Mme Saeed a déclaré que l’une de ses plus grandes préoccupations est que le discours qui divise l’Inde entre les hindous et les musulmans apparaît également dans les cercles des médias sociaux canadiens.

«J’ai déjà reçu des menaces indirectes ici et je l’ai également signalé à la police», a déclaré Mme Saeed, notant que ces menaces découlaient de son travail de militante.

«Les gens utilisent ouvertement un langage abusif ici et [nous voyons] comment cette haine se transporte au Canada.»