Des infirmières qui luttent contre la COVID-19 et contre les théories du complot

L’infirmière en urgence de Los Angeles, Sandra Younan, a passé la dernière année à travailler de longues heures et à observer de nombreux patients lutter contre le coronavirus et parfois en mourir.

Elle a également dû s’occuper de patients qui affirment que le coronavirus est un canular ou d’autres qui lui toussaient au visage, refusant de porter un masque. Une fois, elle a vu homme sortir en trombe de l’hôpital après un test positif à la COVID-19, mais qui refusait de croire qu’il était positif.

«Il y a des patients qui meurent littéralement, puis des patients qui nient la maladie», a-t-elle déclaré. «Vous essayez d’éduquer et vous essayez d’éduquer, mais ensuite vous heurtez un mur.»

De fausses déclarations sur le virus, les masques et les vaccins se sont rapidement répandues depuis que la COVID-19 a été déclarée pandémie mondiale il y a un an. Les journalistes, les responsables de la santé publique et les entreprises de technologie ont tenté de lutter contre les mensonges, mais une grande partie du travail de correction de la désinformation est tombé dans la cour des travailleurs médicaux de première ligne.

En Allemagne, un clip vidéo montrant une infirmière qui tenait une seringue vide a été largement présenté en ligne comme étant une preuve supposée que la COVID-19 n’existe pas. Des médecins en Afghanistan ont rapporté que des patients leur avaient dit que la COVID-19 avait été créé par les États-Unis et la Chine pour réduire la population mondiale. En Bolivie, le personnel médical a dû s’occuper de cinq personnes qui avaient ingéré un agent de blanchiment toxique faussement présenté comme un remède contre la COVID-19.

Sandra Younan, 27 ans, a expliqué que ses amis la décrivent comme la «personne la plus relaxe de tous les temps», mais maintenant elle est confrontée à une anxiété écrasante.

«Ma vie est d’être infirmière, donc je me fiche de savoir si vous êtes vraiment malade, vous pouvez vomir sur moi, ça m’est égal», a déclaré Sandra Younan. «Mais quand vous savez que ce que vous faites est mal, et que je vous demande à plusieurs reprises de porter votre masque pour me protéger, et que vous ne le faites toujours pas, c’est comme si vous ne respectiez personne d’autre que vous-même. Et c’est pourquoi ce virus se propage. Ce genre de situation vous fait simplement perdre espoir.»

Emily Scott, 36 ans, basée dans un hôpital de Seattle, a travaillé dans le monde entier sur des missions médicales et a aidé à soigner le premier patient américain atteint par la COVID-19 l’année dernière. Elle avait été sélectionnée en raison de son expérience de travail en Sierra Leone lors de l’épidémie d’Ebola de 2014-2016.

Alors que de nombreux Américains étaient terrifiés par Ebola – une maladie qui n’est pas aussi contagieuse que le coronavirus et qui représente peu de menaces aux États-Unis – ils n’ont pas assez peur de la COVID-19, a-t-elle déclaré.

Emily Scott blâme quelques facteurs: les symptômes effrayants d’Ebola, le racisme contre les Africains et la politisation de la COVID-19 par les élus américains.

«Je me suis senti tellement plus en sécurité en Sierra Leone pendant Ebola qu’au début de cette épidémie aux États-Unis», a déclaré Emily Scott, en raison du nombre de personnes qui n’ont pas tenu compte des directives de distanciation physique et celles concernant le port du masque. «Les faits et la science sont devenus politisés.»

L’infirmière en urgence, L’Erin Ogle, a entendu une litanie de fausses déclarations sur le virus alors qu’elle travaillait dans un hôpital de la banlieue de Kansas City au Missouri. Parmi ces faussetés: le virus n’est pas pire que la grippe, il est causé par les tours sans fil des réseaux 5G ou que les masques n’aideront pas et peuvent blesser. Mais la fausseté la plus douloureuse pour elle: le virus n’est pas réel, et les médecins et les infirmières sont engagés dans une vaste conspiration mondiale pour cacher la vérité.

«C’est tellement décourageant, et cela vous amène à vous demander: pourquoi est-ce que je fais ça?» a expliqué l’infirmière de 40 ans.

Les infirmières sont souvent les prestataires de soins de santé qui ont le plus de contacts avec les patients, et les patients considèrent souvent les infirmières comme plus accessibles, selon la professeure Maria Brann, experte en communication sanitaire à l’Université Purdue d’Indianapolis. Cela signifie que les infirmières sont plus susceptibles de rencontrer des patients qui diffusent de la désinformation, ce qui leur donne une occasion spéciale d’intervenir.

«Les infirmières ont toujours été des défenseurs des patients», mais selon la professeure, cette pandémie change la donne. «Cela peut certainement avoir des conséquences néfastes. Ce n’est pas nécessairement ce pour quoi elles ont choisi ce métier. »

Dans certains cas, ce sont les infirmières et autres travailleurs de la santé qui diffusent eux-mêmes de la désinformation. Et de nombreuses infirmières disent qu’elles entendent des mensonges sur les vaccins contre la COVID-19 dans leur propre famille.

Brenda Olmos, 31 ans, infirmière praticienne à Austin, au Texas, qui se concentre sur une population de patients gériatriques et hispaniques, n’a pas hésité à se faire vacciner. Mais elle a toutefois dû débattre avec ses parents, qui avaient entendu des affirmations non fondées dans les émissions de télévision en espagnol selon lesquelles l’injection causerait l’infertilité et la paralysie de Bell.

Brenda Olmos a finalement convaincu ses parents de se faire vacciner également, mais elle s’inquiète de l’hésitation à la vaccination dans sa communauté.

Lorsqu’elle a récemment rencontré un patient âgé atteint de tumeurs cancéreuses, Brenda Olmos savait que les excroissances avaient mis des années à se développer. Mais les enfants adultes de l’homme lui ont expliqué que ces complications étaient liées avec sa récente injection du vaccin contre la COVID-19.

«Pour eux, cela semblait trop fortuit», a déclaré Brenda Olmos.

Brenda Olmos a déclaré que le vrai problème de la désinformation n’est pas seulement de mauvaises personnes qui répandent des mensonges – ce sont les gens qui croient à de fausses déclarations parce qu’ils ne sont pas à l’aise à naviguer dans des découvertes médicales souvent complexes.

«Une faible littératie en santé est la véritable pandémie», a-t-elle déclaré. «En tant que prestataires de soins de santé, nous avons le devoir de fournir les informations d’une manière acceptable et facile à comprendre, afin que les gens ne consomment pas de désinformation parce qu’ils ne peuvent pas digérer les données réelles.»

Lorsque le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a levé le mandat concernant le port du masque ce mois-ci contre les conseils de nombreux scientifiques, l’infirmier Guillermo Carnegie a qualifié la décision de «crachat au visage».

«J’étais dégoûté», a déclaré Guillermo Carnegie, 34 ans, de Temple, au Texas. «Ce gouverneur et différentes personnes agissent comme: « Oh, nous sommes fiers de nos travailleurs de première ligne, nous les soutenons. » Mais ensuite, ils font quelque chose comme ça, et les conséquences sont énormes dans le milieu de la santé.»

Brian Southwell, qui a lancé un programme à la Duke University School of Medicine pour former des professionnels de la santé à parler à des patients mal informés, a déclaré que les prestataires devraient considérer le patient qui se confie à eux comme une opportunité.

«Ce patient vous fait suffisamment confiance pour partager cette information avec vous», a déclaré Brian Southwell. «Et c’est donc une bonne chose, même si vous n’êtes pas d’accord avec cela.»

Il a déclaré que les travailleurs de la santé devraient s’abstenir de passer en «mode d’argumentation académique» et tenter de comprendre à la place pourquoi les patients ont certaines croyances – et s’ils pourraient être ouverts à d’autres idées.

Cette écoute est impérative pour instaurer la confiance, selon la Dre Seema Yasmin, médecin, journaliste et professeure à l’Université de Stanford et qui étudie la désinformation médicale.

«Posez votre stylo, posez votre cahier et écoutez», a conseillé la Dre Yasmin.

– Par Ali Swenson et David Klepper, The Associated Press

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