Des Inuits du Nunavut iront en France pour réclamer l’extradition d’un prêtre

Une délégation d’Inuits du Nunavut se rendra à Paris et Lyon, en France, afin de plaider pour l’extradition au Canada du prêtre Johannes Rivoire, accusé d’avoir abusé sexuellement des enfants inuits entre les années 1960 et 1990.

Le voyage est organisé par Nunavut Tunnagavik Inc., un groupe qui représente les Inuits du Nunavut. Seront à bord Tanya Tungilik, son frère Jesse, ainsi que Steve Mapsalak.

Tanya Tungilik affirme vouloir rencontrer en personne le prêtre, puisque son père a longtemps allégué qu’il l’avait agressé sexuellement lorsqu’il était enfant. M. Mapsalak a lui aussi mentionné avoir été victime des gestes du prêtre, d’où sa participation au voyage.

Mme Tungilik a expliqué que son père, Marius, qui est décédé en 2012, a raconté qu’il a été agressé sexuellement par Johannes Rivoire lorsqu’il avait 13 ans et qu’il travaillait dans une coopérative de Naujaat, au Nunavut.

Marius Tungilik avait aussi mentionné avoir été abusé sexuellement par un frère oblat du pensionnat fédéral Sir Joseph Bernier et à sa résidence étudiante de Chesterfield Inlet, au Nunavut. Ses révélations ont joué un rôle dans les excuses de l’évêque catholique romain Reynald Rouleau en 1996.

Tanya Tungilik a partagé l’histoire de sa famille avec le pape François lors de sa visite à Iqaluit, plus tôt cet été, lors de laquelle il s’est excusé pour le rôle joué par l’Église catholique romaine dans le système des pensionnats.

Johannes Rivoire, qui a maintenant 91 ans et vit à Lyon, a longtemps été accusé d’avoir abusé sexuellement des enfants inuits lorsqu’il était prêtre oblat au Nunavut, jusqu’en 1993, date à laquelle il est retourné en France.

Un mandat d’arrestation a été lancé contre lui en 1998 au Canada, mais quatre accusations criminelles ont été suspendues en 2017.

À la suite d’une nouvelle plainte à la GRC du Nunavut en 2021, M. Rivoire a été inculpé en février d’un chef d’attentat à la pudeur pour des gestes commis à Arviat et Whale Cove, entre 1974 et 1979. Un nouveau mandat d’arrestation a été lancé par les autorités judiciaires canadiennes, qui ont aussi présenté une demande d’extradition à la France.

Le Canada et la France partagent bien un traité d’extradition, mais celui-ci n’oblige aucun des deux pays à extrader ses propres citoyens.

M. Rivoire a nié les allégations portées contre lui lors d’une entrevue avec APTN depuis sa maison de retraite cet été, en plus d’affirmer qu’il ne prévoyait pas de retourner au Canada.

«Je veux le voir moi-même à Lyon et lui dire ce qu’il a fait vivre à mon père et à ma famille», a souligné Mme Tungilik.

Elle a ajouté que si M. Rivoire refuse de la rencontrer, elle va manifester devant sa résidence.

La présidente de Nunavut Tunnagavik Inc., Aluki Kotierk, a expliqué qu’elle espère sensibiliser le public en France lors du voyage et pense que le public français soutiendra l’extradition de M. Rivoire.

La délégation a demandé à rencontrer le président français, Emmanuel Macron, la première ministre Élisabeth Borne et le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti pendant son séjour à Paris, mais n’a pas reçu de réponse.

Durant son passage en France, la délégation prévoit également de rencontrer Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France, Antoine Garapon, qui préside la commission chargée d’indemniser les victimes d’abus de l’Église catholique française, et Vincent Gruber, qui dirige les Oblats de France.

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