Des manifestants iraniens défient les forces de l’ordre après l’écrasement

DUBAÏ, Émirats arabes unis — Des manifestants iraniens ont bravé la forte présence policière dimanche soir pour protester contre le régime et son rôle dans l’écrasement d’avion qui a coûté la vie à 176 personnes.

Des vidéos publiées en ligne montraient des manifestants criant des slogans antigouvernementaux dans des stations de métro et sur des trottoirs, notamment près de la place de la Liberté à Téhéran. D’autres vidéos suggéraient que des manifestations similaires avaient eu lieu dans d’autres villes iraniennes.

Des policiers antiémeute portant des uniformes et des casques noirs étaient bien visibles dimanche sur la place Vali-e Asr, à l’Université de Téhéran et à d’autres endroits stratégiques de la capitale, alors que des appels à manifester circulaient.

L’écrasement de l’avion ukrainien mercredi matin a tué les 176 personnes à bord, principalement des Iraniens et des Canadiens d’origine iranienne. Après avoir initialement mis en cause une défaillance technique, le régime iranien a finalement reconnu samedi avoir abattu l’avion accidentellement, croyant qu’il s’agissait d’un missile.

La tragédie est survenue dans un contexte de tensions élevées dans la région. Quelques heures plus tôt, l’Iran avait tiré des missiles balistiques sur deux bases en Irak abritant des forces américaines, après l’assassinat par les États-Unis d’un puissant général iranien près de Bagdad.

Des Iraniens ont exprimé leur colère face à l’écrasement de l’avion et aux explications trompeuses des hauts responsables à la suite de la tragédie. Ils ont également déploré les nombreuses vies perdues, parmi lesquelles plusieurs jeunes à l’avenir prometteur qui étudiaient à l’étranger.

Plus tôt dimanche, des centaines d’étudiants s’étaient rassemblés à l’université Shahid Beheshti de Téhéran pour pleurer les victimes et protester contre les autorités pour avoir caché la cause de l’accident, a rapporté l’agence de presse semi-officielle ISNA. Ils se sont ensuite dispersés pacifiquement.

Des démissions

Bahareh Arvin, une réformiste au sein du conseil municipal de Téhéran, a annoncé sur les réseaux sociaux qu’elle démissionnait pour protester contre les mensonges et la corruption du gouvernement. «Avec le mécanisme actuel, il n’y a aucun espoir de réforme», a-t-elle déclaré.

Certains artistes iraniens, dont le célèbre réalisateur Masoud Kimiai, ont annulé leur participation à un festival international du film qui doit avoir lieu bientôt. Deux animateurs de la télévision d’État ont démissionné pour protester contre les faux reportages sur la cause de l’écrasement.

Le président Donald Trump s’est adressé aux dirigeants iraniens dans un message publié sur Twitter dimanche matin.

«NE TUEZ PAS VOS MANIFESTANTS», a-t-il écrit en majuscules. «Vous avez déjà tué ou emprisonné des milliers d’entre eux, et le monde vous observe. Plus important encore, les États-Unis vous observent.»

Un rassemblement pour commémorer les victimes de l’écrasement, samedi soir à Téhéran, s’est transformé en manifestation impromptue. Des centaines de personnes ont scandé des slogans contre les dirigeants du pays et la police les a dispersés avec des gaz lacrymogènes. Des manifestations ont également eu lieu à Ispahan et ailleurs dans le pays.

L’ambassadeur britannique en Iran, Rob Macaire, a été interpellé et brièvement détenu par la police. M. Macaire a déclaré qu’il s’était rendu à la vigile sans savoir qu’elle se transformerait en manifestation.

Le Royaume-Uni a affirmé que son émissaire avait été détenu «sans motif ni explication» et en «violation flagrante du droit international».

Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a ensuite écrit sur Twitter que M. Macaire avait été arrêté «en tant qu’étranger inconnu dans un rassemblement illégal».