Les féminicides «c’est assez» scandent des manifestants partout au Québec

MONTRÉAL — «Assez, c’est assez. Pas une de plus», ont scandé les participants présents à la manifestation de Montréal, l’un des nombreux événements tenus un peu partout au Québec vendredi après-midi pour dénoncer les féminicides et la violence faite aux femmes.

Derrière cette vaste mobilisation, un triste constat: depuis le début de la pandémie, 13 féminicides liés à de la violence conjugale ont eu lieu, dont huit en l’espace de huit semaines, rappellent les organisatrices.

«Un décompte horrifiant», a lancé la comédienne et autrice Ingrid Falaise, l’une des organisatrices de l’événement et elle-même survivante de violence conjugale.

De plus, derrière chacune de ces femmes assassinées, il y en a des milliers d’autres qui vivent dans la peur, au quotidien, rappellent l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape, la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, L’R des centres de femmes et le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, aussi organisatrices de ces nombreuses manifestations.

À Montréal, les très nombreux participants — en majorité des femmes — ont marché dans le calme du parc Lafontaine jusqu’au Mont-Royal. Beaucoup ont fait le trajet en silence.

Plusieurs tenaient des pancartes sur lesquelles on pouvait notamment lire: «On ne tue jamais par amour», et «plus écoutées mortes que vivantes». D’autres arboraient un ruban blanc sur leurs vêtements ou leur couvre-visage, le symbole de cette manifestation en soutien aux femmes.

Noémie y était. Parce qu’elle est une survivante de violence conjugale, agressée alors qu’elle portait sa fille dans son ventre.

«Je m’en suis sortie, mais on ne s’en sort jamais réellement après, parce que le système de justice n’est pas pour les victimes, il est pour les bourreaux», a-t-elle confié.

Elle s’est déplacée en ce froid vendredi d’avril pour aider à faire changer les choses, à sa façon, «en donnant ma voix et en participant à des événements comme celui-ci, pour qu’on en parle. Pour qu’on n’ait pas peur d’en parler, qu’on n’ait pas honte que ce soit arrivé.»

Eugène Dufresne, lui, a déclaré être là pour marcher «par solidarité» avec les femmes. «Il faut qu’on soit capables d’arrêter la violence. Il faut que ça cesse».

«On n’en peut plus. On n’en peut plus», a répété d’une voix triste Viviane Michel, la présidente de la Fédération des femmes autochtones du Québec, en s’adressant à la foule: «Il faut éduquer nos garçons dès leur jeune âge». Le taux de violence envers les femmes autochtones est particulièrement élevé.

Une minute de silence en mémoire des 13 femmes tuées a été observée au coeur du parc, et leurs noms ont été lus, puis répétés par la foule.

Des événements ont été planifiés dans une vingtaine de municipalités du Québec dont Rouyn-Noranda, Québec, La Malbaie, Montréal, Baie-Saint-Paul, Victoriaville, Tadoussac, Baie-Comeau, Sept-Îles, Rimouski, Sherbrooke, Gaspé et Joliette, entre autres villes.

Les organisatrices de la mobilisation en ont profité pour interpeller le gouvernement sur l’importance d’agir dès maintenant, afin de renforcer le filet de sécurité autour des victimes de violence conjugale.

Le nombre de cas est d’ailleurs en constante hausse, a souligné Laurence Bettez, de la Maison secours aux femmes de Montréal, qui était présente au parc Lafontaine. «On a beaucoup plus d’appels depuis le début de la pandémie, mais on manque de financement et on manque de places» pour elles, a ajouté la jeune femme, elle-même une ex-victime de violence.

«C’est un problème qui nous concerne tous», a-t-elle poursuivi, tout en constatant la présence de bien plus de femmes que d’hommes pour la marche. «J’ai beaucoup de gratitude pour ceux qui sont là» et heureusement, on en voit de plus en plus lors d’événements comme celui-ci.

La manifestation est importante, car il y a un besoin de sensibilisation, a déclaré la ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest, qui a marché vendredi avec ses deux enfants.

Elle a dit être présente comme citoyenne mais aussi comme élue, pour dire aux Québécois «on est là, on va continuer la lutte contre ce fléau.»

Aux maisons d’hébergement qui déplorent le manque de places pour mettre les femmes en sécurité — ainsi que les 22,5 millions $ sur cinq ans dédiés à ces refuges dans le dernier budget, une somme jugée insuffisante — elle dit: «le budget, ce n’est pas une fin en soi». On continue à discuter et à travailler avec elles, a-t-elle assuré.

D’autres politiciennes ont aussi pris part aux événements organisés dans différentes villes. Parmi elles, les députées du Parti québécois Véronique Hivon et Méganne Perry Mélançon ont participé respectivement à celui de Montréal et de Gaspé et les libérales Isabelle Melançon et Maryse Gaudreault ont répondu «présente» aux rassemblements de Montréal et de Gatineau.

Le nom des 13 femmes tuées depuis le début de la pandémie

– Johanne Corriveau

– Sylvie F.

– Francine Lussier

– Mary Saviadjuk

– Françoise Côté

– Elisapee Angma

– Marly Édouard

– Nancy Roy

– Myriam Dallaire

– Sylvie Bisson

– Nadège Jolicoeur

– Kataluk Paningayak-Naluiyuk

– Rebekah Harry

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