Des médecins américains réussissent la première greffe d’une trachée

MONTRÉAL — Des médecins de New York ont annoncé récemment avoir réussi la toute première greffe chirurgicale d’une trachée.

Leur patiente est une femme de 56 ans dont la trachée avait été endommagée il y a quelques années, quand elle avait été intubée en réponse à une violente crise d’asthme. Elle vivait depuis avec une trachéotomie.

La trachée est essentiellement un tube qui transporte l’air vers les poumons. Si l’organe peut sembler simple, il n’en est rien: on retrouve par exemple à l’intérieur des petits cils qui ont comme fonction d’aider à évacuer les particules des poumons.

Mais le principal obstacle à une greffe restait l’alimentation en sang et en oxygène du nouvel organe, a expliqué le docteur Moishe Liberman, qui est chirurgien thoracique au Centre hospitalier de l’Université de Montréal.

«Le problème avec la transplantation trachéale, la différence avec une transplantation du coeur ou des poumons ou du foie ou des reins, c’est que les vaisseaux qui nourrissent l’organe pour le garder en santé sont très, très, très petits, a-t-il précisé. Avec les vaisseaux sur la trachée qui sont microvasculaires, les risques d’un problème de vascularité étaient très élevés.»

Depuis environ dix ans, des groupes américains et européens ont essayé de remplacer une trachée endommagée par une aorte provenant d’un donneur.

Mais puisque la paroi interne de l’aorte n’est pas dotée de petits cils pour chasser les sécrétions vers la bouche, le nouveau «tube» ne fonctionnait pas correctement. En revanche, une trachée provenant d’un donneur humain est anatomiquement et physiologiquement humaine.

Contrairement à ce qu’on pensait jusqu’à ce moment, les chirurgiens américains auraient constaté qu’il est possible de vasculariser correctement la nouvelle trachée en ne rebranchant que quelques vaisseaux sanguins qui auraient environ la taille d’un spaghetti.

«Mais ce sont des vaisseaux qui sont très petits», a rappelé le docteur Liberman. Le risque que ces vaisseaux se bloquent avec un caillot, même s’ils ont été bien recousus, est donc élevé.

«Avec un coeur ou un rein, les veines sont grosses, a-t-il ajouté. Il y une chance que ça ne fonctionne pas, mais ce n’est pas très élevé parce que le débit (sanguin) est très élevé en raison de la taille des vaisseaux.»

Les chances de réussite avec des vaisseaux de la taille de ceux impliqués dans une greffe de la trachée sont donc moins élevées, et l’intervention nécessitera ensuite une surveillance à long terme. «Mais si ça fonctionne, c’est incroyable», a dit le docteur Liberman.

Seul le temps nous dira maintenant si la nouvelle trachée sera viable à long terme, puisque le but est bien évidemment d’avoir un succès qui durera plusieurs années et non seulement quelques mois.

Mais même si l’intervention est couronnée de succès, il sera toujours préférable de préserver la trachée originale du patient le plus possible, puisque les médicaments antirejet que le receveur d’une greffe devra ensuite prendre pour le reste de ses jours pourront engendrer leurs propres problèmes de santé.

«Si on peut prévenir la greffe, c’est toujours mieux, a indiqué le docteur Liberman. On préfère toujours prévenir le problème au lieu d’essayer de le régler quand il survient.»

Cette première mondiale représente quand même un bel espoir pour certains patients, ajoute-t-il.

Le CHUM est le seul centre hospitalier à procéder à des interventions trachéales dans la province. On y pratique seulement une vingtaine d’interventions du genre chaque année.