Des mesures sans précédent pour une élection dans une Première nation

WINNIPEG — Les membres d’une Première nation du Manitoba recevront chacun un masque, des gants et un désinfectant lorsqu’ils se rendront aux urnes, samedi.

«Nous n’avons jamais vécu ça, a dit Shawn Kent, conseiller de la nation Ojibway Brokenhead. Nous allons découvrir si cette façon de faire est viable ou non.»

D’un bout à l’autre du pays, des Premières nations décident de tenir ou non des élections pendant la pandémie de la COVID-19.

La nation Brokenhead, à environ 65 kilomètres au nord-est de Winnipeg, a choisi plus tôt cette semaine de procéder à l’élection d’un chef et de quatre membres du conseil.

Ce fut une décision difficile, a déclaré la chef Deborah Smith. Les dirigeants recevaient constamment de nouvelles informations sur le coronavirus.

Il y a plusieurs semaines, des bulletins de vote par la poste ont été envoyés à environ 1 200 membres de la communauté qui vivent hors réserve. Cependant, pour les 700 membres qui vivent dans la réserve, il y avait beaucoup d’anxiété, a dit Mme Smith.

«Certains souhaitaient un report à cause de questions de santé, mais d’autres voulaient pouvoir exercer leurs droits démocratiques.»

Marc Miller, ministre des Services aux Autochtones du Canada, a exhorté les Premières nations de tout le pays à reporter les élections de six mois.

Plusieurs Premières Nations ont toutefois craint que ça amène un manque de leadership, pendant une crise sanitaire.

La Loi sur les Indiens stipule qu’un chef et un conseil ne peuvent pas prolonger leur mandat.

Des Premières nations redoutaient un gouvernement intérimaire ou l’arrivée d’un tiers en l’absence d’élections, dans les communautés.

Selon Arlen Dumas, grand chef de l’Assemblée des chefs du Manitoba, le bruit s’est répandu qu’il n’y avait donc pas d’autre choix que de tenir des élections.

Le groupe représentant 62 Premières nations du Manitoba a communiqué avec le ministre le mois dernier, lui faisant part de ses préoccupations.

M. Dumas a déclaré que huit élections des Premières nations étaient déjà prévues au cours des trois prochains mois, au Manitoba.

La semaine dernière, le ministre a fait savoir qu’une option réglementaire temporaire a été adoptée pour permettre aux dirigeants de garder leurs fonctions, et ce jusqu’à six mois.

L’option inclut la possibilité d’une autre prolongation de six mois.

«Pendant cette pandémie, la santé et le bien-être des communautés autochtones sont notre priorité», a déclaré M. Miller par communiqué, jeudi.

M. Dumas a dit que c’est une bonne chose, mais que cela aurait dû être annoncé beaucoup plus tôt.

L’Assemblée des chefs du Manitoba va recommander le report de toutes les élections, a-t-il dit.

«C’est assez effrayant de penser à ce qui pourrait arriver avec la tenue d’élections.»

La décision reviendra toutefois aux dirigeants locaux.

Dans le cas de Brokenhead, il y aura plusieurs précautions pour atténuer le risque de propagation de la COVID-19.

Chaque personne qui ira voter au centre de loisirs recevra une trousse comprenant un masque, des gants, un désinfectant et un stylo.

Une seule personne sera admise à la fois, et il y aura du plexiglas entre l’électeur et le président d’élection.

Il y aura plus d’agents de sécurité, pour veiller à ce que les personnes en attente de voter restent assez éloignées les unes des autres.

Les électeurs visitant la communauté seront interrogés au sujet de symptômes et de leurs antécédents de voyage. Ils devront aussi s’en aller tout de suite après avoir voté.

«Les anciennes façons de faire sont passablement différentes des nouvelles procédures qui s’imposent», a dit M. Kent.