Des métaux dans le système de femmes enceintes vivant près de puits de fracturation

MONTRÉAL — Des concentrations plus élevées de métaux comme l’aluminium et le manganèse ont été trouvées dans le système de femmes enceintes vivant à proximité de puits de fracturation hydraulique pour le gaz naturel, un résultat préoccupant, selon une chercheuse québécoise qui tente de déterminer s’il y a justement un lien avec cette activité industrielle.

L’analyse a été demandée par des résidants de la région qui s’inquiétaient depuis un bon moment de l’impact sur leur santé, causé par le fait de vivre près de ces sites d’exploitation gazière.

Il s’agit d’ailleurs de la première étude de bio-surveillance réalisée au pays, lors de laquelle des prélèvements biologiques ont été faits pour mesurer les concentrations de contaminants dans l’organisme.

Les femmes ayant participé à l’étude habitent dans le nord-est de la Colombie-Britannique, près de Dawson Creek et de Chetwynd.

C’est une équipe de chercheurs de l’Université de Montréal qui a mesuré les concentrations de quelque 18 métaux — mais en particulier le baryum, l’aluminium, le strontium et le manganèse — dans les cheveux et dans l’urine de 29 femmes enceintes vivant près de puits de fracturation hydraulique.

La plupart avaient des concentrations plus élevées que la population générale — certaines se trouvant même dans les cinq pour cent ayant la concentration la plus haute au pays, a expliqué en entrevue Élyse Caron-Beaudoin, postdoctorante à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM), et auteure principale de l’étude dirigée par le professeur Marc-André Verner de la même institution.

Ainsi, les concentrations de manganèse étaient 10 fois plus élevées dans les urines des participantes que dans la population générale. Les concentrations d’aluminium dans les cheveux étaient 16 fois plus élevées chez les participantes, celles de baryum 3 fois plus et celles de strontium 6 fois plus que dans la population de référence, est-il rapporté.

Il y a toutefois d’autres sources que l’eau pour ces métaux dans l’organisme, comme l’air que l’on respire et certains aliments, souligne Mme Caron-Beaudoin. De plus, l’échantillon du projet-pilote était restreint.

«Mais ce qui nous préoccupe par rapport à ces résultats, c’est qu’une précédente étude a démontré que le baryum, l’aluminium, le strontium et le manganèse sont quatre métaux qui se retrouvent en concentrations relativement élevées dans la formation rocheuse Montney, d’où est extrait le gaz naturel par fracturation hydraulique», souligne-t-elle.

De plus, d’autres études récentes où a été analysée la teneur en eaux usées provenant de la fracturation hydraulique ont généralement révélé de grandes concentrations de ces mêmes métaux, ajoute-t-elle.

Ces constats permettent de se rapprocher d’une réponse à la question qui tracasse les résidants de ces régions: est-ce que ces métaux proviennent de la fracturation hydraulique dans la roche et posent-ils un risque pour leur santé?

La chercheuse ne peut pas encore résoudre ces interrogations: s’il n’est pas possible pour le moment d’affirmer que la fracturation hydraulique est la source de l’exposition des femmes enceintes à ces métaux, «grâce à notre étude, nous disposons maintenant d’un indice supplémentaire pointant en ce sens».

Et pour y répondre, elle se trouvait d’ailleurs en Colombie-Britannique au moment de l’entrevue afin de recruter une autre cohorte de femmes enceintes pour poursuivre son investigation et évaluer leur exposition à différents contaminants, ainsi que la concentration de ces substances dans l’air des habitations et dans l’eau. L’équipe est aussi en train d’évaluer la santé globale des bébés nés dans la région au cours des 10 dernières années dans le cadre d’une étude épidémiologique.

La chercheuse a été surprise de voir qu’il n’y avait pas eu d’études de la sorte — avec des prélèvements biologiques — «malgré qu’il y ait du développement industriel depuis des décennies». Il y a eu des prélèvements de l’air et de l’eau dans le passé, mais pas chez les humains. Et encore là, les prélèvements dans l’environnement ne sont pas faits de façon systématique, ajoute-t-elle.

Les résultats de cette étude pilote menée en 2016 ont été dévoilés la semaine dernière dans le Journal of Exposure Science & Environmental Epidemiology.