Des consommateurs se prêtent à une «attaque contre le plastique» à Montréal

MONTRÉAL — Des dizaines de consommateurs montréalais ont accepté d’ouvrir leurs sacs d’épicerie, dimanche après-midi, pour démontrer l’ampleur du suremballage des aliments, à l’occasion de la première «attaque contre le plastique» dans la métropole. 

Après le Royaume-Uni et la Belgique, le mouvement «Plastik attack» a atterri à Montréal, à l’initiative de trois citoyennes, Caroline Thibault, Marie-Ève Bolduc et Eva Franc.

Il s’agit d’une intervention «pacifique», qui consiste à déballer les produits que des clients ont achetés dans une épicerie pour les placer dans des contenants réutilisables. Les emballages de plastique étaient laissés dans des paniers à l’entrée du magasin.

«C’est devenu quelque chose de banal sur quoi il faut réfléchir. On envoie au dépotoir des centaines d’emballages tous les jours qui prennent des centaines d’années à se dégrader, et c’est une durée d’utilisation excessivement réduite. Je le prends, je l’amène chez moi, je le jette. Il y a des alternatives qui existent et il faut les encourager», a confié Stéphanie Bernard, une citoyenne qui a participé à l’événement.

Une heure après le début, plusieurs paniers d’épicerie étaient garnis notamment d’emballages de fruits et légumes, de biscuits, et de céréales.

L’événement a eu lieu dans un Provigo du quartier Rosemont, qui a accepté de se prêter au jeu. Les organisatrices pensent peut-être répéter l’expérience devant une autre épicerie, le mois prochain.

Les organisateurs estiment que le suremballage est inutile puisqu’il ne change rien à la fraîcheur des aliments.

«Ce sont des choix individuels, mais je pense que de juste en parler positivement, eh bien les gens réalisent que c’est une question de gros bon sens. Ils se disent: « Effectivement, mon piment n’a pas besoin d’être emballé dans une pellicule de plastique »», a expliqué Caroline Thibault.

Les gouvernements interpellés

Les trois militantes ont d’ailleurs joint plusieurs partis politiques pour leur faire part de leurs préoccupations, et plusieurs d’entre eux se sont montrés ouverts, selon Mme Thibault.

«Le gouvernement aussi c’est un acteur de changement qu’il ne faut pas négliger, c’est lui, au final qui met des normes. On ne comprend pas pourquoi il n’y a toujours pas de normes sur le suremballage», a-t-elle plaidé.

Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice, qui représente la circonscription où avait lieu l’événement, déplore que le gouvernement libéral à Ottawa n’ait pas agi sur ce front.

«Le sommet du G7 s’en vient, c’est au Québec, à Charlevoix et la question du plastique va être évoquée. Londres a récemment annoncé qu’il abolissait les pailles en plastique, la Ville de Montréal veut abolir les sacs de plastique pour les épiceries. Le Canada, on n’a pas de stratégie sur la réduction du plastique», a-t-il déclaré.

«Dans le G7, il y a déjà cinq pays qui ont des stratégies nationales sur la réduction du plastique, et pas nous. Alors on pousse M. Trudeau à agir dans ce sens-là.»

Lors d’un sommet du Commonwealth à Londres en avril, Justin Trudeau ne s’était pas engagé à interdire les pailles de plastique comme l’avait réclamé son homologue britannique, Theresa May.

«Nous sommes conscients que les macroplastiques, comme les pailles, posent un défi considérable pour les océans, mais nous savons aussi que les microplastiques et les nanoplastiques représentent également un réel défi pour les écosystèmes marins», avait-il déclaré à l’époque.

Ottawa interdira dès le mois de juillet les microbilles dans les produits d’hygiène personnelle, mais le gouvernement n’a pas annoncé d’échéancier pour les autres types de plastique.

Le mouvement «Plastik attack» a été lancé à Bristol, au Royaume-Uni, puis s’est installé notamment en Belgique.

D’autres «attaques» sont prévues prochainement dans les grandes villes du monde, dont à Londres, à Paris et à Genève, selon la page Facebook du groupe. Un événement doit également avoir lieu à Washington en juin.

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